Nephelia ~
~~ Final Fantasy X-2 - Seal of the Wind
Au fil de la montée, un malaise s’installa. Aucun des deux nuages n’osait plus parler. Pourtant, mille questions se bousculaient dans l’esprit du nuage gris. Il se serait bien exprimé si Baadal n’avait pas été aussi enfoui dans ses pensées. Voyant qu’ils se rapprochaient du sommet, il franchit le pas :
— Comment est le village de Nephelia ? demanda notre voyageur curieux.
— Eh bien, c’est un très grand village. D’ailleurs, il n’y a qu’un Ancien comme moi pour l’appeler encore « village de Nephelia ». Aujourd’hui, on parle plutôt de la « cité de Nephelia ».
— La cité de Nephelia… J’ai hâte de la voir ! Les gens sont comme vous là-bas ?
— Ça dépend. Des nuages blancs, oui, il n’y a que ça… Après, il y en a des plus vieux, je suis de ceux-là, et d’autres qui sont plus jeunes, comme toi. Il y a des mâles, comme nous, et il y a des femelles. Enfin bon, tu verras par toi-même quand on y sera, hein !
— Des mâles et des femelles ? demanda le nuage gris, confus.
— Ah là là… Cela ne fait pas partie de tes connaissances innées ? Bon… Tout ce que tu dois savoir c’est que ces deux groupes existent. Un mâle et une femelle sont différents mais ils vont de pair. Disons qu’ils sont complémentaires. C’est le système de notre société, du moins chez nous les nuages.
— Ah, oui. D’accord… Je comprends…
Non. Il n’avait pas compris mais il ne souhaitait pas encore avoir l’air d’un « sombre idiot ». Il se dit qu’il y verrait plus clair en arrivant à destination. Il comptait bien observer chaque détail de ce peuple, chaque détail de cette cité… Plus il avançait, plus sa hâte grandissait !
— Je suis convaincu qu’il y a une raison à ma venue ici ! affirma-t-il soudain.
— Tu ne crois pas si bien dire, gamin, répondit Baadal en gardant son air pensif.
En arrivant au soi-disant sommet, le nuage gris se rendit compte que le réel sommet était un peu plus loin devant. En fait, il y avait comme une montagne posée sur l’autre, et la cité de Nephelia reposait sur cette seconde montagne. Elle paraissait immense ! Notre voyageur en eut le souffle coupé.
Malheureusement, il ne pouvait en voir davantage. Ici, les nuages du ciel touchaient la terre et formaient une brume épaisse. En plus de cette brume, une imposante muraille blanche entourait la zone.
— Voilà les remparts, dit Baadal. Ce sont les murs de notre cité !
— Et cela sert à quoi ?
— À ton avis ? dit le vieux nuage en soupirant. C’est pour délimiter la cité, contrôler qui rentre et qui sort, et éviter que les animaux sauvages n’apportent le désordre.
— Logique ! s’exclama notre héros.
Ses pas de plus en plus rapides et son léger excès d’enthousiasme montraient bien à quel point il était impatient. Baadal faillit lui demander de calmer un peu ses ardeurs mais, finalement, il sourit discrètement et suivit la cadence.
Au centre des remparts, il y avait un portail boisé en forme d’arc de cercle assez simpliste. Arrivé devant, Baadal frappa dessus à plusieurs reprises. Alors, une grosse voix venant de derrière parla :
— C’est vous, Ancien Baadal ?
— Oui, c’est moi, dit-il en grimaçant. Je suis venu avec… un ami.
— Ah ! fit la voix. Je comprends mieux !
Un énorme bruit retentit et le portail commença à se lever. L’heure était venue de découvrir la cité de Nephelia, la cité des nuages !
Les réactions ne se firent pas attendre. Les gardes, qui soulevaient le portail grâce à de longues et épaisses cordes, avaient la même blancheur et portaient la même tenue que l’Ancien Baadal. Aucun doute, c’étaient bien des nuages. Dès l’instant où ils remarquèrent le nuage gris, ils se figèrent comme s’ils avaient été frappés par la foudre.
— Qu’est-ce que !? s’exclama l’un d’eux. Mais… C’est…
— Vous pouvez refermer la porte, dit simplement Baadal.
Puis, il reprit sa marche comme si de rien n’était. Pourtant, notre héros sentit une tension. En scrutant discrètement en arrière, il se rendit compte que le regard des gardes était braqué sur lui. Ils semblaient en état de choc. Le nuage gris préféra ne pas y prêter plus d’attention et rattrapa son compagnon qui accélérait le pas.
Enfin, le nuage gris découvrait Nephelia. Il aima la cité dès le premier regard. Elle était remplie de petites maisons en pierre et en forme dôme. Elles étaient si blanches et si propres qu’on aurait dit qu’elles venaient d’être repeintes. Des cascades et de grands courants d’eau se trouvaient un peu partout entre les maisons. On aurait dit un rêve…
Une atmosphère apaisante émanait de cette cité. Comme à l’extérieur, une légère brume parcourait l’endroit. Notre marcheur s’y sentait bien. Était-ce parce qu’il était proche du ciel ?
Toutefois, la chose qui l’interpella le plus fortement fut une immense tour qu’il vit au loin. On aurait dit une sorte de phare ou de minaret.
— Impressionné par la Tour Nephelia, hein ? dit l’Ancien Baadal. Et encore, tu ne la vois pas en entier d’ici ! Le village se prolonge loin de l’autre côté de la montagne. C’est là-bas qu’est la tour… et c’est là-bas que nous allons !
— Comment une telle tour peut-elle tenir sur la montagne ? demanda le nuage gris.
— Ne sous-estime pas notre peuple ! ricana fièrement Baadal.
Mais alors qu’ils continuaient leur route, le nuage gris sentit les regards des habitants se poser sur lui et s’intensifier, à tel point qu’ils devinrent lourds à porter. Tous s’arrêtaient brusquement en voyant l’étranger arriver. Quelques-uns tombèrent carrément à genoux, d’autres prirent leurs jambes à leur cou et partirent en courant.
Le malaise du nuage gris continua de grandir encore et encore, ce jusqu’à qu’il ressente l’envie de faire demi-tour.
Était-il si laid à voir ? Dégageait-il une odeur nauséabonde ? En tout cas, il commençait à comprendre ce qu’avait dit Baadal lors de leur rencontre. Il n’était définitivement pas le bienvenu ici. C’était un intrus… Était-ce le simple fait qu’il soit gris qui causait ce désordre ? Non… Il devait y avoir une autre raison…
— Ne t’en fais pas, petit, dit Baadal. Ne fais pas attention à leur réaction. Ils n’ont pas l’habitude de recevoir de la visite. On n’a pas eu de voyageur comme toi depuis… longtemps.
L’Ancien était un personnage pour le moins surprenant. Malgré son aspect rugueux à la surface, c’était un nuage d’une sagesse incontestable. Le jeune visiteur ne le savait pas encore mais celui qui le guidait n’était pas n’importe qui !
Réconforté par ses mots, le nuage gris se remit à observer les environs. Les habitants de Nephelia avaient beau le scruter avec des regards étranges et tout saufs amicaux, lui continuait de les fixer d’un air émerveillé.
Les nuages avaient tous la même couleur de peau, entre le blanc et le beige. Il n’y en avait pas un seul comme lui. Baadal n’avait pas menti… Comme il le lui avait dit également, il y en avait des plus vieux, des plus jeunes. Et, finalement, le nuage gris vit directement la différence entre les mâles et les femelles.
À ses yeux, celles-ci étaient beaucoup plus agréables à regarder. Mais quel était cet étrange sentiment de gêne qui l’envahissait en les voyant ? Il n’osa pas le demander… La beauté des nuages mâles était tout autre. Eux étaient, certes, tout aussi fascinants mais ils dégageaient une aura plus solennelle et beaucoup moins douce.
Il s’attarda aussi sur leurs tenues. Tous avaient la même : une robe de feuilles, comme celle que portait Baadal. En dessous, certains portaient une sorte de collant marron. En revanche, les robes que portaient les femelles étaient plus souples et plus colorées. Du rose, du bleu, du vert et encore d’autres couleurs mais toujours dans des nuances pastel.
— Qu’est-ce que c’est que cette chose que vous portez tous ? demanda le nuage gris.
Eh oui, il ne savait pas ce qu’était un vêtement… Son compère resta silencieux. Il fronça les sourcils comme si la question l’avait irrité.
— J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? demanda l’étranger, confus.
— J’avais oublié, répondit l’Ancien en serrant les lèvres. Petit… Tu es tout nu.
— Et cela pose un problème ?
— Eh bien, plus personne ne se balade comme ça depuis des milliers et des milliers d’années… à part les animaux. En fait, comme ça, tu ressembles plus à un singe qu’à un nuage.
— Et vous ne pouviez pas me le dire avant ?! s’écria notre héros, sa fierté froissée. Je passe déjà pour un idiot !
— Du calme, dit Baadal en se retenant de rire. Je plaisantais, voyons. Ils se doutent que ta naissance est toute récente… Cela arrive parfois !
— Tout de même ! Qu’attendez-vous pour me donner des vêtements ?! Et, dites-moi, est-ce qu’il est possible pour un mâle de porter une robe faite pour les femelles ?
Baadal se tourna brusquement vers lui, les yeux grands ouverts, comme un tarsier. Enfin, il finit par exploser de rire.
— QUOI ENCORE ?! hurla le nuage gris dont les cheveux vaporeux s’agitaient vivement.
— Oh là là, tu vas me tuer, c’est sûr… tu vas me tuer ! souffla l’Ancien tout en continuant à s’esclaffer. C’est trop pour moi !
Le nuage gris ne répondit pas. Il avait compris le message.
— En tout cas, j’en ai marre de marcher, dit Baadal après avoir repris son sérieux. Nous allons prendre un nénuphar.
Il montra du doigt une étendue d’eau. Là-bas, plusieurs courants partaient dans tous les sens et chacun avait pour origine cette grande mare sur laquelle flottaient d’énormes bouées vertes. C’étaient des nénuphars géants. Ils étaient si énormes que l’on aurait pu y mettre huit personnes à bord…
Le mécanisme était simple. Les passagers s’asseyaient à l’extrémité du nénuphar, adossés aux rebords, puis celui-ci était envoyé à travers les différents courants d’eau. La mare, elle, restait toujours calme et tranquille. C’était là un système tout droit sorti d’un conte de fées. Et pourtant, cette station de nénuphar paraissait abandonnée…
— C’est quoi ? demanda le nuage gris.
— Cela nous sert de moyen de transport. Tu ne t’es pas demandé pourquoi il y a de l’eau partout à Nephelia ? Cela m’étonne de ta part, petit !
— Et c’est normal qu’il n’y ait personne ?
— La nouvelle génération est de plus en plus précoce. Comme on sait utiliser le vaha de plus en plus tôt, les nénuphars servent peu. Maintenant, ils servent plutôt de manège pour les…
Tout à coup, Baadal se tut.
— Le vaha ? demanda le nuage gris. C’est… le pouvoir de l’air, c’est ça ?
— Attends… On en reparlera plus tard…
L’Ancien avait remarqué que deux individus arrivaient en courant. C’étaient des guerriers nuages qui avaient été alertés. Ceux-là étaient entraînés pour intervenir et, vu leurs expressions, ils étaient prêts à le faire… Ils bloquèrent directement le passage à nos amis.
Avant même qu’ils ne puissent parler, Baadal se mit à soupirer.
— Halte, Ancien Baadal ! s’exclama le premier. Je ne peux pas vous laisser passer. Avec tout mon respect, cela dépasse l’entendement !
— Où allez-vous ? demanda le second dont on ne voyait que le gigantesque nez. Savez-vous ce que vous venez de faire entrer à Nephelia ?!
— Je sais mieux que toi QUI je fais entrer, répondit Baadal avec colère. Je n’ai pas à répondre à une jeunesse qui ne sait même plus saluer ses aînés. Gardez votre calme, messieurs. Je sais ce que je fais… et c’est bien pour cela que je vais à la tour !
— LA TOUR ?! s’exclama celui au grand nez.
Ils étaient hostiles et ils le montraient. Encore plus envers notre nuage gris qu’ils regardaient avec un fort dédain. Ils semblaient sur le point de lui bondir dessus…
— Est-ce une plaisanterie ?! continua le soldat. Croyez-vous vraiment que ce soit une bonne idée que le chef le rencontre ?!
— Le grand manitou doit être mis au courant, non ? dit Baadal. Maintenant, si tu as fini de lui lécher les pieds, laisse-nous passer… Et si tu as tant envie de montrer que tu es un élément exemplaire de l’armée, je te propose de nous accompagner… Qu’en dis-tu ?
Quelques minutes plus tard, Baadal et le nuage gris, escortés par les deux guerriers nuages, arrivaient à la Tour Nephelia. Le trajet à bord du nénuphar fut agréable. Il y avait une sensation de vitesse enivrante. Comme un enfant, le nuage gris voulait refaire un tour.
Bien sûr, il ne le demanda pas. Pas devant ces soldats qui le scrutaient si sévèrement. Aucun doute, ils étaient opposés à la présence du nuage gris chez eux. Baadal avait omis de lui raconter certaines histoires au sujet de son espèce, certaines histoires qu’il valait mieux cacher. Les nuages gris n’étaient pas considérés comme des nuages comme les autres…
Mais pourquoi ?
Ces pensées furent balayées de l’esprit de l’étranger gris lorsqu’il arriva enfin devant la Tour Nephelia. Elle était gargantuesque. Elle devait bien faire plus de trois cents mètres. C’était un véritable monument !
Notre héros n’avait plus qu’une envie maintenant : aller en haut ! Une superbe vue devait l’y attendre ! Malheureusement, la dispute reprit de plus belle devant l’entrée. Les soldats ne comptaient pas laisser l’étranger s’approcher davantage de la tour…
— Puisque je vous dis qu’il n’y a rien à craindre ! insista l’Ancien Baadal. Cela fait à peine quelques jours qu’il est né ! Que croyez-vous qu’il puisse accomplir ?
— Je crois que l’âge vous joue des tours, répondit le nuage au nez éminent. Nous ne le laisserons jamais entrer ! Nous allons prévenir les Gouverneurs nous-mêmes. Il est inutile que vous entriez, à moins que vous n’ayez une autre idée derrière la tête, Ancien Baadal…
— C’est de la paranoïa ! répliqua le vieux nuage. Tu sais parfaitement que tu peux avoir confiance en moi ! Tu as bien appris tes cours d’histoire, non ?!
— Justement…
Tout à coup, au moment même où Baadal commençait à perdre patience, une puissante voix se fit entendre :
— Que se passe-t-il ici ?
Cette voix résonna si fort qu’elle fit taire tout le monde. Elle venait d’en haut… Tous levèrent les yeux vers le ciel pour voir qui leur parlait. Quelqu’un se tenait bien là. L’aveuglante clarté du jour empêchait de le voir clairement… mais cet individu flottait au-dessus d’eux, à plusieurs mètres d’altitude.
« Un nouveau personnage descendu tout droit du ciel fait son apparition.
En bas, tous restent figés en le voyant. Mais qui est-il donc ? »




