Des canons pointés vers le ciel ~
~~ Naruto Shippuden - Hyouhaku
Au Continent des Cieux, beaucoup de temps s’était écoulé depuis le passage de Grei. Malgré cela, on ne l’avait pas oublié. Il était attendu à la cité des nuages… En haut de la grande Tour Nephelia, Duorukh discutait avec ses généraux. L’après-midi arrivait à son terme et le chef s’apprêtait à quitter les lieux pour rentrer chez lui.
— Avez-vous correctement terminé les essais ? leur demanda-t-il avec son ton autoritaire.
— Tout est en ordre ! répondit l’un des généraux.
— Tous les remparts sont occupés ?
— Eh bien… Il nous reste encore l’arrière de…
— Cela fait des mois à présent ! s’écria l’imposant nuage blanc avec colère. DES MOIS ! Cette tâche était censée vous prendre quelques semaines tout au plus !
— Bien entendu, Chef ! Cependant les premiers essais n’étaient pas concluants. Du coup…
— Je ne veux pas le savoir ! tonna Duorukh. Parlez-en avec Muufeh ! Retenez bien que la vermine peut réapparaître à tout moment. Je veux TOUS les canons en place DÈS DEMAIN !
Puis, il claqua la porte en sortant. Les généraux se regardèrent en silence et haussèrent les épaules. Ces scènes étaient devenues fréquentes depuis la naissance du nouveau nuage gris…
Duorukh était en route pour rentrer chez lui. Il n’habitait plus la Tour Nephelia. Son train de vie avait récemment changé. Il était devenu trop risqué de rester à la tour…
Comme d’habitude, il marchait nerveusement, se demandant comment il faisait pour garder patience face à de tels « incapables ». La nouvelle armée de Nephelia avait pris beaucoup d’ampleur mais elle ne ressemblait en rien à celle qui avait été formée pour l’Expédition Punitive, l’opération qui avait mis fin au règne d’Aroy, le précédent nuage gris.
Après cette bataille, la plupart des guerriers étaient morts et aucune armée n’avait été remise en place. Oui, la résistance avait été la seule véritable armée de Nephelia. Il n’y en eut ni avant, ni après. Les nuages étaient redevenus le peuple pacifique qu’ils avaient toujours été.
Pour Duorukh, ce fut la plus grande erreur de son père, Tsim, l’ancien chef de Nephelia. Il avait laissé la population se ramollir. Former une nouvelle armée était compliqué, cela prenait trop de temps. Sous la menace d’Aroy, les esprits belliqueux des nuages s’étaient éveillés mais, cette fois, ce n’était pas le cas…
Sans préparation, Nephelia courait droit à sa perte !
Le soleil se rapprochait de plus en plus de l’horizon. Ce soleil, toujours assez haut pour qu’il fasse jour mais déjà trop bas pour que l’on puisse vraiment le dire, fit remonter les souvenirs de Duorukh.
Il détestait ce moment entre le jour et la nuit. Trop tôt pour aller se coucher mais trop tard pour pouvoir profiter de la journée. C’était l’heure où les enfants rentraient de l’école… Comme lui, il y avait de cela bien longtemps…
Duorukh, petit elem mais déjà grand pour son âge, rentrait chez lui sous le soleil couchant. Quelle superbe journée il avait passée ! Il avait réussi à mettre au tapis cette racaille de Vapior. Ce vaurien l’avait bien mérité, il intimidait tout le monde à l’école, il n’épargnait même pas les petites elemmes qui jouaient dans leur coin !
Qu’il ait enfin tâté du poing de Duorukh était une bonne chose de faite, il n’oserait plus recommencer après cela. Duorukh avait rarement été si fier de lui-même. Dès qu’il serait rentré, il comptait bien raconter tout cela à son père !
Toutefois, lorsqu’il ouvrit la porte de chez lui, il ne trouva pas son père. La pièce était ravagée, le désordre régnait. Sa mère était là, le visage rempli de larmes. Elle était avec un autre nuage, une rude expression affichée sur le visage de ce dernier.
Après quelques secondes, Duorukh se rendit compte que c’était pourtant bien son père. Les traits de son visage étaient si crispés qu’il ne le reconnut pas tout de suite. C’était la première fois qu’il le voyait ainsi. Le pauvre petit resta figé devant l’entrée. Il n’osa même pas mettre un pied chez lui.
— N’aie pas peur, Duo, lui dit sa mère en essuyant ses larmes. Ce n’est rien… Viens par là.
Méfiant, Duorukh scruta son père. Tsim était immobile. Les yeux ancrés sur le pied du mur. Finalement, Duorukh n’osa pas entrer. Sa mère dût aller le prendre par le bras pour qu’il finisse par le faire. Il s’assit timidement à côté d’elle et resta silencieux quelques secondes.
— Qu’est-ce qu’il y a, maman ? demanda-t-il à voix basse.
— Ce n’est rien, répéta sa mère.
— Cela ne sert à rien de le lui cacher, dit froidement Tsim.
Sa compagne le fixa avec un regard si triste que l’on pouvait y lire sa désapprobation. Elle abaissa son regard, l’air grave, poussa un long soupir puis se retourna vers son fils.
— Tonton Bram… tu aimes jouer avec lui, hein ? souffla-t-elle avec un sourire étrange.
Bram était un ami de la famille. Il passait chez eux au moins un soir sur trois. Il adorait jouer avec Duorukh mais il venait surtout pour discuter avec ses parents. En effet, il était ami avec Tsim depuis longtemps et, surtout, c’était un membre important du conseil de Nephelia.
Ils avaient souvent des discussions philosophiques autour de l’avenir du village, cela n’intéressait guère Duorukh à cette époque…
Le petit nuage se demandait ce qu’avait pu faire Bram pour mettre ses parents dans cet état-là. Sa mère reprit :
— Il est… Eh bien, il a quitté le…
— IL EST MORT !!! s’écria Tsim, furieux.
Duorukh et sa mère sursautèrent. « Mort ? » se demanda le petit. Il regarda son père, choqué. Jamais autant d’émotions n’avaient grondé en lui, la confusion, la tristesse, la peur… Il resta pétrifié comme une gargouille. Tsim, lui, était envahi par la colère… et il ne pouvait la contenir. Alors, il continua :
— C’EST CE SALOPARD !!! Je n’en peux plus. Cette fois, c’en est trop ! Ce type est incontrôlable ! Je… Je…
— S’il te plaît, Tsim, calme-toi. Nous ne pouvons pas encore affirmer que c’est lui.
— QUOI ?! Nous avons des preuves ! Et même sans elles… Qui veux-tu que ce soit ?! Arrête de te voiler la face ! AROY L’A ASSASSINÉ ! Je me demande bien comment les Dieux ont pu créer une telle calamité ! Non… Cette fois… Cette fois… Baadal devra aussi répondre des actes de son fils. Je vais aller le voir sur-le-champ ! Quant à Aroy, JE VAIS LE DÉ…
— ARRÊTE MAINTENANT !!! hurla à son tour son épouse. Tu ne vois pas que tu lui fais peur ?! Je ne te reconnais plus ! Calme-toi, je t’en supplie !
Tsim s’arrêta net. Il fixa son fils, cligna plusieurs fois des yeux, prit une profonde inspiration puis il s’accroupit et posa sa main sur l’épaule du petit Duorukh.
— Désolé, dit-il alors. Je ne souhaitais pas ça, Duo. Ta mère a raison. Bram est sûrement mieux là où il est, tu n’as pas à t’en faire pour lui. Maintenant, tout va rentrer dans l’ordre…
Duorukh l’écouta attentivement mais il eut trop peur de répondre quoi que ce soit. Tsim se releva puis se tourna vers sa compagne.
— Même si je vais tout faire pour que ça n’arrive pas, il est possible que Duo ait ce genre de choses à gérer plus tard. Du moins s’il souhaite toujours être à ma place d’ici là… Enfin bon, je préfère qu’il sache à l’avance ce que ce poste impose. Je ne lui cacherai donc rien.
— C’est ça, trouve-toi des excuses. De toute façon, je ne t’en veux pas… PAR CONTRE, tu as tout intérêt à m’aider pour ranger tout ce bazar !
Tsim lui sourit, puis tout rentra dans l’ordre. Toutefois, lorsqu’il fut seul dans sa chambre, Duorukh pleura des heures et des heures avant de trouver le sommeil. C’était la première fois qu’il apprenait la mort de quelqu’un qu’il connaissait. Comme ses parents, il aimait Bram. C’était quelqu’un de sympathique, quelqu’un d’agréable, quelqu’un de bon…
Le petit nuage blanc mit du temps à se rendre compte qu’il ne le reverrait plus jamais. Cette pensée lui fit si mal qu’il eut l’impression de se faire essorer le cœur.
Malheureusement, ce n’était pas là le fin mot de cette histoire. Le Duorukh d’aujourd’hui se souvenait encore parfaitement de la suite. Son père la lui avait tellement racontée qu’il avait l’impression de l’avoir lui-même vécue…
Peu après ce jour-là, Aroy, le nuage gris, fut convoqué devant le conseil. La cour de Nephelia était similaire à celle d’aujourd’hui mais se trouvait dans un bâtiment à part. Étonnamment, Aroy se rendit sans faire d’histoires.
Le conseil se montra sévère avec lui. Ce n’était pas la première fois qu’Aroy était jugé. Il avait déjà eu plusieurs démêlés avec la justice… mais celui-ci était le plus grave.
Les Gouverneurs accusèrent Aroy d’être le responsable de la mort de Bram. La disparition de ce dernier avait été remarquée tout de suite après qu’il s'était montré irrespectueux envers Aroy lors de son dernier passage devant le conseil, lorsque le nuage gris avait annoncé vouloir devenir le chef du village.
Bram s’était alors emporté et s’était grossièrement moqué du fils de Baadal. Son discours avait frôlé l’insulte de beaucoup trop près…
Le plus surprenant fut ce qui suivit. Après avoir énoncé les faits qui lui étaient reprochés et entendu les témoignages à son encontre, le conseil attendit une réaction de la part d’Aroy. Toutefois, le nuage gris ne répliqua pas. Il resta silencieux.
C’est uniquement après qu’ils eurent terminé qu’il leur dit que oui… Oui, c’était bien lui qui avait « effacé » Bram et qu’il n’y avait aucun mal à cela. Pour lui, ce n’était qu’un simple retour de bâton. Cette fois, ce fut Tsim et ses Gouverneurs qui restèrent statufiés. Ils ne surent juste pas comment réagir.
Tsim avait raconté à son fils que, ce matin-là, il avait essayé de regarder au plus profond des yeux d’Aroy… Ce qu’il y trouva lui glaça le sang. Dans ces yeux ne gisait rien d’autre que la mort, le vide, le néant absolu.
Le regard d’Aroy, Duorukh l’avait croisé lui aussi, un peu plus tard… et cette image était ancrée en lui à tout jamais. Il était exactement comme son père le lui avait décrit. Et ces yeux étaient, au détail près, ceux que portait Grei.
Oui, c’était ce même regard qui ne pouvait être sondé, qui n’avait aucun fond, aucun sentiment, qui n’était rien d’autre qu’un trou noir infini…
Baadal. C’était ce « maudit vieillard » qui avait fait revivre ce monstre. Il avait attiré la réincarnation de cet « être abominable » directement à Nephelia. « Il a osé nous le ramener d’entre les morts… Il a osé ! » se répétait Duorukh, jour après jour.
Les ancêtres nuages avaient pourtant mis en garde leur peuple sur l’existence des nuages gris, ces malédictions. Tous ceux qui se rangeaient aux côtés de tels monstres en étaient certainement eux-mêmes. « Baadal a mérité son sort… » songea Duorukh en ouvrant doucement la porte de sa demeure.
La première personne qu’il vit alors fut Nubé, l’enseignante d’Urnaa, celle qui avait trahi la confiance de Grei et de Baadal le jour du jugement. Elle accueillit Duorukh avec un grand sourire. Et alors même qu’il n’avait pas encore refermé la porte derrière lui, un tout petit elem nuage lui bondit dessus.
— Ouah ! s’exclama Duorukh sous le coup de la surprise. Salut, Tsim.
« Duorukh et ses guerriers se préparent pour le retour de l’ennemi.
Pendant ce temps, quelqu’un pénètre secrètement la cité de Nephelia… »




