Confrontation ~
~~ Naruto Shippuden - Senya
La boule de feu de Kazan continuait de bourdonner. L’empereur était figé, le bras levé et tendu vers Aggniz. La balle bleue qu’il avait au milieu de la paume de sa main s’agitait, elle semblait prête à s’élancer à tout instant.
Cette boule contenait la puissance d’au moins mille elems. Aucun membre du groupe d’aventuriers ne sortirait vivant de cette charge…
Miraculeusement, Aggniz tenait toujours debout, ce malgré sa blessure et la pression qui pesait sur lui. Il avait volé au secours de Pari presque inconsciemment. Cependant, quel que soit le coût qu’il aurait à payer pour son acte insensé, il ne céderait pas !
Pari avait empêché l’Empire Ardent de s’accaparer la Pierre Hal sans se soucier d’elle-même. C’était pourtant le combat d’Aggniz avant tout. Il ne pouvait rester sans rien faire ! Il sentait ses muscles se déchirer, il avait l’impression que son corps allait se replier sur lui-même à tout instant mais il continuait à tenir.
À quelques mètres, Grei était toujours à même le sol, totalement écrasé par ce poids invisible. Aux yeux du nuage, tout était perdu, cela ne servait plus à rien de se battre. Leur destin avait été scellé… Lui qui s’était promis le courage, il songea à fuir, fuir au loin pour ne plus avoir à ressentir ces zîns monstrueux.
Apple observait. Son attention était fixée sur le gros yack. Elle n’arrivait pas à lever les yeux pour regarder celui qui se tenait dessus. Elle ne pouvait se résoudre à le regarder. Cet individu était celui qui avait causé la destruction de sa région. Il était le responsable de la mort de toute sa famille, de son oncle, de son frère et de tout ce qu’elle aimait au monde.
Elle ressentait une haine profonde bouillir au fond de son être. Elle s’efforçait de la restreindre mais cette douleur aiguë ne voulait pas partir. Une telle douleur avait la possibilité de la faire sombrer dans la folie.
— C’est toi, Aggniz ?! s’exclama soudain Kazan d’une voix tout enjolivée.
— Ce n’est que maintenant que vous me remarquez… Père ? lui répondit le charbon.
— Oh, je suis tellement heureux, Fils ! dit le cavalier en faisant disparaître la boule d’aatish et en baissant son bras. Je ne m’attendais pas à te voir ici ! Je te félicite d’avoir trouvé la pierre avant moi. Je suis fier, vraiment très fier de toi !
— Tais-toi, répondit sèchement Aggniz.
Cette conversation sonnait de manière bien étrange aux oreilles de Grei et d’Apple. Kazan parlait comme un père aimant. Il semblait même assez simplet. Cette intonation et cette manière de parler, c’était… bizarre !
— Tu crois que je vais te laisser faire ? continua Aggniz. Abandonne cette idée !
— Écoute Aggniz, cette personne derrière toi vient de rendre vaines des années et des années de travail. Comprends-moi. Je suis…
— LA FERME !!! hurla le charbon, sa voix se cassant légèrement.
Apple sursauta en entendant le brusque haussement de ton d’Aggniz. Elle reprit ses esprits et commença alors à s’inquiéter pour Pari qui ne donnait toujours aucun signe de vie.
Grei, lui, resta complètement emprisonné dans sa propre peur. Il ne comprenait pas ce qu’Aggniz essayait de faire. Ces guerriers semblaient venir d’un autre univers. Tout le courage du nuage gris s’était envolé dès l’instant où il avait senti leurs auras.
— Aggniz, qu’est-ce que tu dis ? fit Kazan.
— Pars d’ici, répondit Aggniz. Cette magimale est mon amie et si tu daignes ne poser qu’un seul doigt sur elle, je te promets que tu le regretteras !
— Parfait, je n’aurais pas besoin de la toucher de toute façon ! ricana Kazan. Je peux tout à fait la supprimer sans bouger d’ici…
Malgré le courage qu’il démontrait, Aggniz ne semblait pas aussi déterminé que d’habitude… Zaggni ne venait pas. Le charbon paraissait excessivement stressé par la situation. Son cœur battait comme si c’étaient ses derniers battements…
— Alors, vas-y, tue-moi ! cria-t-il alors. Tu as d’autres héritiers de toute façon, n’est-ce pas ?!
— Oh ! De la jalousie ? Tu es tellement mignon ! Mais, sache que tu restes mon premier fils ! Tu sais bien que je t’adore plus que tout au monde !
Kazan était calme et paisible. Il ne semblait guère malfaisant… Grei et Apple le fixaient d’un air complètement ahuri. Était-ce vraiment ce gringalet, le Cavalier du Chaos ? Le chef du destructeur peuple de feu ? Le commandant de l’Empire Ardent ? C’était impensable ! D’un autre côté, son zîn ne mentait pas…
— Le premier fils ?! tonna Aggniz en s’enflammant encore davantage. LE PREMIER FILS ?! TU TE FOUS DE MOI ?! TOI, TU CROIS AVOIR ÉTÉ UN PÈRE POUR MOI ?!
— Aggniz, écoute-moi. Je suis le chef de notre peuple. Je ne suis pas uniquement ton père, je suis celui de tous les habitants du Continent Calciné. Et puis, tu as pu te passer de moi, non ? Regarde-toi, Petit Prince !
— Ne m’appelle plus jamais de cette manière… Tu ne sais absolument rien de moi. TU NOUS AS ABANDONNÉS, SALOPARD !!!
Ce « nous » fit taire Kazan. Apple crut même voir son masque plisser ses yeux. N’était-ce vraiment qu’une impression ?
Les autres qui accompagnaient l’empereur ne réagirent pas, ils étaient tels des robots désactivés. Sûrement attendaient-ils l’ordre de leur chef pour passer à l’action. Il n’empêche qu’en temps normal, après une insulte de ce genre, le coupable aurait déjà été mis à mort. Aggniz faisait certainement exception à la règle.
— S’il te plaît, arrête, dit calmement Kazan.
Est-ce que sa patience arrivait à son terme ? Après tout, Pari venait tout de même de détruire la Pierre Hal, cette pierre qu’il convoitait depuis tant d’années… Et voilà que son fils venait ajouter de l’huile sur le feu. Il y avait de quoi s’inquiéter…
— Je suis surpris, Père, continua Aggniz sur un ton provocateur. Tu es capable de conquérir et de terrasser toute la planète mais tu n’arrives pas à me faire bouger moi ?
— Ah, mon pauvre Petit Prince…
— JE N’AI PAS BESOIN DE TA PITIÉ !!! cria le charbon, ses flammes se propageant partout sur son corps. Sais-tu au moins ce qu’il est advenu de ma mère ?! Non tu n’en sais rien, TU N’ÉTAIS MÊME PAS LÀ ! Tu n’en avais rien à faire depuis le début ! Tout cela n’était qu’un jeu pour toi ! Tu as dû oublier ma mère depuis bien longtemps… mais, moi, je n’ai RIEN oublié… REGARDE-MOI, PÈRE ! VOICI L’HÉRITIER QUE TU AS CRÉÉ !!!
— Aggniz…
— Es-tu toujours fier de moi à présent ?! Si je pouvais, je n’aurais pas hésité… je t’aurais fumé… Tu m’entends ?! JE T’AURAIS FUMÉ !!!
Le charbon noir brûlait comme jamais il n’avait brûlé. Sa voix puissante résonnait dans toute la montagne. Ses paroles éveillèrent l’âme de Grei. Devant le courage d’Aggniz, le nuage gris finit par doucement se relever et réussit même à s’asseoir. Il souhaitait montrer que lui aussi était prêt à se battre !
Finalement, il ne comptait pas rompre la promesse qu’il s’était faite. Il périrait sûrement en ce jour mais il garderait son honneur intact. Étrangement, il repensa à son amie, la petite Urnaa, et puis à l’Ancien Baadal, qu’il s’était pourtant promis d’aller retrouver. Sûrement ne les reverrait-il jamais maintenant…
Il rassembla toutes les forces qu’il lui restait pour réussir à se mettre debout. En face, l’Empire Ardent ne daigna même pas lui porter un regard. Ils se fichaient éperdument du nuage gris. Pour eux, il avait autant d’importance qu’une mouche sans ailes.
Après plus d’une minute passée sans rien dire, Kazan ne répondit… rien. Il aurait pu en terminer en moins d’une seconde s’il l’avait voulu. Pourtant, il resta fixe, silencieux, l’air de se demander comment il devait réagir face aux caprices de son enfant. Était-il en colère ? Était-il triste ? Personne ne le savait…
Tout à coup, il tira nerveusement les cordes qui tenaient son yack et celui-ci fit alors un brusque demi-tour sur lui-même. Il s’apprêtait à repartir. Il s’arrêta puis, de manière presque inaudible, il marmonna quelques mots :
— Jamais je ne l’oublierai, ma Sitaria…
L’un des deux elems qui l’accompagnaient parut étonné. C’était celui qui était resté à côté de lui, celui au corps de cendres et aux larmes de lave. Il se tourna vers Kazan et il ouvrit la bouche, hésitant :
— Mais, mon roi…
C’étaient les seuls mots qu’il prononça alors.
Ce qui suivit prouva que ce Kazan était bien celui dont le nom faisait frémir tous les êtres vivants de ce monde. Le cavalier tourna doucement la tête et fixa l’elem qui protestait. Alors, son aura changea. Elle devint mille fois plus virulente. Elle paraissait prête à jaillir de son corps et à réduire en cendres tous ceux autour de lui.
Évidemment, Aggniz et Grei retombèrent directement au sol. Non… Ce zîn ne pouvait appartenir à un elem… Le pouvoir de cet être semblait plutôt appartenir à un monstre, le plus horrible et le plus grand des monstres, le roi des monstres !
Pris au dépourvu, le guerrier qui s’était maladroitement avancé abaissa brutalement sa tête. Il le fit d’un mouvement si vif que son cou aurait pu se rompre. Craignant que ces amères excuses ne suffisent pas, il s’agenouilla servilement au sol. Kazan parut satisfait… Son zîn se calma puis il se tourna à nouveau vers la sortie.
Ne pouvant plus contenir toutes les émotions qui se bousculaient en lui, Aggniz était sur le point d’interpeller son père pour le retenir. Toutefois, avant qu’il ne puisse dire quoi que ce soit, Kazan claqua des doigts.
D’un seul coup, une gigantesque colonne de feu bleu apparut. On aurait dit qu’elle provenait d’en dessous de la montagne. Le souffle provoqué par ce geyser infernal repoussa violemment tous nos héros et les envoya s’écraser une fois de plus sur les murs de l’antre.
Grei et Apple crurent qu’ils étaient en train de fondre, brûlés par cette vague de chaleur si fervente qu’elle les faisait hurler de douleur.
— PÈÈÈÈÈRE !!! tonitrua Aggniz de toutes ses forces alors que tout était en train de disparaître sous cette immense colonne enflammée.
Peu à peu, l’éruption s’atténua et, lorsqu’elle eut disparu, toute la tanière se retrouva baignée dans la lumière du jour. Kazan venait d’effacer la moitié de la montagne en un claquement de doigts…
En bas, il ne restait plus que le vide, un gouffre s’enfonçant à des centaines de kilomètres sous terre. C’était donc cela que l’on appelait « la Puissance du Soleil ».
Avant de partir, Kazan prit une dernière fois la parole :
— Ce n’est rien, dit-il, la voix tranquille. Prends soin de toi et de tes amis. Peu importe ce que tu dis, tu seras toujours mon Petit Prince.
Alors, en une fraction de seconde, les quatre individus disparurent dans une aveuglante déflagration. Ils étaient partis.




