La merveille ~
~~ Naruto - Sakura’s Theme
Le jour s’était levé depuis déjà bien longtemps mais tous nos héros dormaient encore à poings fermés. Nivora demanda à Serazé d’aller dehors chercher de l’engrais et des fruits, et de ramener Grei et Aggniz avec lui. Réticent au début, il finit par accepter. Dans la chambre, il trouva Aggniz, seul. Serazé le secoua comme une brute pour le réveiller.
— Réveille-toi l’elem de feu ! s’exclama-t-il. Où est passé le nuage ?!
Le charbon ne réagit pas, il se laissa balloter tel un pantin désarticulé. Serazé crut qu’il était mort. Il s’approcha pour vérifier sa respiration et c’est là qu’Aggniz ouvrit les yeux. Il vit le colosse vert et ses grandes dents pointues juste devant son visage. Il prit si peur qu’il sursauta violemment, assénant par la même occasion un vilain coup de tête au pauvre Serazé.
Ce dernier sentit la douleur parcourir tout son visage depuis son nez. Cette fois, il était vraiment en colère… Lorsqu’il scruta à nouveau Aggniz, il le trouva rendormi.
— AH ! s’écria Serazé. Que les Dieux me viennent en aide ! Pourquoi ai-je accepté de faire entrer ces énergumènes chez moi ?!
En l’entendant crier, Aggniz se réveilla à nouveau. Il étira ses jambes, semblant vouloir se lever, mais resta finalement allongé. Il se redressa légèrement, appuyé sur ses avant-bras, et fixa Serazé.
— Où est le nuage ? répéta âprement Serazé.
Aggniz haussa les épaules. Le bâtisseur fronça les sourcils et serra les poings. Il semblait sur le point de frapper l’elem charbon. Cependant, il n’en fit rien. Il craignait que Grei soit parti se balader tranquillement à l’extérieur et, au village de Dionée, un étranger ne serait pas accueilli comme au Jardin des Dieux… Loin de là !
Il fouilla la maison de fond en comble mais ne trouva aucune trace du nuage gris. Il alla trouver sa compagne qui préparait leur déjeuner et l’avertit que Grei avait disparu. Nivora, elle, savait bien où se trouvait le nuage gris. Sans hésiter, elle partit en direction de la chambre d’Apple et ouvrit sa porte.
Grei était affalé sur le sol dans une posture aussi étrange que ridicule. Nivora ne put s’empêcher de pouffer de rire en le voyant. Dès lors, notre héros se réveilla en sursaut. Puis, en entendant Grei se réveiller, c’est Apple qui ouvrit les yeux et qui s’assit brusquement en un bond. On aurait dit des dominos se relevant au lieu de tomber !
— Et voilà ! lâcha Nivora en souriant à son époux.
Nivora fut enchantée de voir Apple consciente. La couleur de la grande guérisseuse paraissait plus douce ce matin… Le rouge virait à une sorte de rose clair et le vert était devenu pastel. Son aspect solennel et grave de la veille s’était dissipé. Elle s’approcha d’Apple et lui demanda :
— Comment te sens-tu, ma chérie ?
— Je… je vais bien, lui répondit Apple, d’une voix faiblarde.
C’était la première fois qu’elle voyait une personne du clan de Dionée. Même si elle en avait déjà entendu parler, elle ne s’attendait pas à cela. Apple pouvait parfaitement contempler la denture acérée de Nivora. Une vision à faire froid dans le dos !
— Si tu as du mal, dis-le-moi, continua Nivora. Tu ne dois pas t’être habituée à ton état, c’est normal… Il va te falloir encore un peu de repos ! Prends tout ton temps pour te rétablir et n’hésite pas à m’appeler si besoin.
— Je… Je vous remercie de…
Apple n’eut pas le temps de finir sa phrase. Aggniz déboula dans la chambre, allant même jusqu’à bousculer Serazé à l’entrée. Effrayée, la pomme remonta sa couverture, qui ressemblait davantage à un rouleau de gazon qu’à une couverture, jusqu’à sa bouche. En voyant Grei dans la chambre, Aggniz plissa les yeux.
— Je me disais bien aussi ! s’écria-t-il alors. J’ai mal dormi car je n’ai pas arrêté d’entendre du bruit venant de cette chambre ! Toute la nuit !
Aggniz était dénué de tact. Apple changea de teint. Elle passa du rouge à l’orange. Nivora se mit à rire aux éclats tandis que Grei pataugeait dans l’incompréhension. Serazé, lui, portait une expression effrayante. Il aurait bien corrigé l’elem charbon mais… voir sa compagne si enjouée l’en empêcha. Nivora se dirigea ensuite vers la fenêtre.
— Quel est le nom de votre amie la chouette ? demanda-t-elle en chuchotant.
— Elle s’appelle Pari, lui répondit Aggniz. Pourquoi ?
Nivora avait beau chuchoter, la magimale l’avait parfaitement entendue. Ce vacarme, notamment causé par le ton surélevé d’Aggniz, avait fini par la réveiller.
La guérisseuse ouvrit la fenêtre et regarda en bas. Évidemment, Pari avait invoqué les esprits pour se rendre invisible et masquer son zîn en même temps que celui de ses camarades. Malgré cela, Nivora se doutait qu’elle n’avait pas bougé de la nuit. Elle regarda les alentours de la maison pour vérifier qu’il n’y avait personne puis elle s’écria :
— Pourquoi ne viens-tu pas nous rejoindre ?! Tu ne vas pas rester dehors tout le temps quand même ?!
Pari fit comme si elle n’était pas là. Tous observaient la scène d’un air intrigué. Nivora savait bien que Pari était trop imposante pour entrer…
— À quoi est-ce que tu joues ? lui demanda donc son mari.
— On ne peut pas la laisser toute seule comme ça ! répondit Nivora.
— On l’a bien laissée hier…
— Eh bien, raison de plus de ne pas la laisser aujourd’hui !
Serazé serra les lèvres et haussa les épaules. Il était difficile de gagner un argument contre Nivora. Finalement, ils étaient assez différents… Nivora avait changé du tout au tout depuis la veille mais Serazé, lui, était resté le même.
— Je sais que tu es là, Pari ! lança Nivora par la fenêtre.
— Ma taille ne me permet pas de rentrer et puis je suis bien plus à l’aise dehors ! rétorqua finalement la chouette invisible.
— Allons, allons, tu es une magimale, non ? Tu as donc une seconde forme !
On entendit le vent souffler… Pari était irritée. La dernière chose qu’elle souhaitait, c’était que quelqu’un dévoile ce secret. Peu de gens étaient au courant que les Magimals avaient deux formes… Cela tombait mal, surtout pour elle qui détestait sa seconde forme. Elle ne s’était plus transformée depuis longtemps… depuis la disparition de son père, Lokarn.
En haut, dans la chambre, personne n’avait compris.
— Une seconde forme ? finit par demander Grei.
— Oui, les Magimals ont deux formes, répondit Nivora en faisant le signe de la victoire avec ses doigts. Leur transformation leur fait prendre une taille plus petite, je ne l’ai jamais vue, mais c’est ce que l’on m’a dit ! C’est le fameux « vieux chêne » qui nous en avait parlé d’ailleurs…
— Vraiment ?! s’exclama Grei. Je n’en savais rien !
— Même moi je ne le savais pas, ajouta Serazé avec un visage boudeur.
Poussé par sa curiosité, Grei se rendit lui-même à la fenêtre et interpella Pari. Il le fit sans aucunement penser à la réaction que la Dame Blanche pourrait avoir…
— Pari, si tu peux venir à l’intérieur, pourquoi ne le fais-tu pas ?!
— Occupe-toi de tes affaires, toi ! répondit sèchement la chouette invisible.
— Tu ne veux pas te montrer coopérative pour une fois ?
— Dis-moi, tu n’as pas un peu trop pris la confiance ? Écoute-moi bien, je n’aime pas ma seconde forme ! T’as compris ou t’as besoin que je vienne te le répéter là-haut ?!
— QUEL DOMMAGE ! s’écria soudain Nivora. Moi, qui avais préparé mon meilleur plat pour toi aujourd’hui. Je voulais vraiment que tu puisses en profiter… MAIS NE COMPTE PAS SUR MOI POUR TE L’APPORTER DEHORS !!!
Serazé avait raconté à son épouse comment Pari s’était ruée sur la nourriture qu’il lui avait apportée. Nivora avait bien compris que Pari était une gourmande. Pourtant, la chouette ne daigna pas répondre. Grei était sur le point d’en rajouter mais Nivora l’en empêcha en le tirant vers elle. Il ne fallait pas l’embêter davantage. Le sujet fut clos.
Quelques minutes plus tard, ils sortirent de la chambre pour laisser Apple se reposer et descendirent au rez-de-chaussée. Lorsqu’ils arrivèrent en bas, elle était là… la Dame Blanche.
C’était quelque chose qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer. Même Serazé en resta bouche bée. Il n’y avait aucun doute. Cette posture fière, ce pelage blanc et ces grandes plumes sur la tête telle une crinière de lionne… C’était bel et bien Pari !
Cette apparence était semblable à celle des Elems, une apparence qui était presque « humaine » ! Toutefois, ce qui laissa tout le monde dans cet état d’ahurissement total, c’était son beau visage et ses traits, tous accordés de façon magnifiquement harmonieuse. Une fine bouche, un joli nez droit et de grands yeux qui, eux, étaient restés entièrement noirs.
Le plus surpris d’entre tous était Aggniz. Il fut totalement éberlué par la beauté de la nouvelle Pari. Comme d’habitude, il se mit à hurler sans réfléchir :
— Tu aurais pu nous dire que tu avais le pouvoir de devenir aussi canon ! lâcha-t-il en souriant tel un grossier flatteur.
Pari, manifestement gênée, détourna son visage. Elle lui aurait fait traverser tous les murs de la maison si ce n’avait pas été en face de ses hôtes.
Aux yeux de Grei, Pari n’avait plus grand-chose de l’animal géant qu’elle était. On aurait dit une toute nouvelle personne. La première fois qu’il l’avait vue, il en avait eu peur. Maintenant, elle était devenue une véritable merveille. Grei fut si choqué qu’il resta silencieux. Lui n’était pas aussi fou que le charbon ardent ! Provoquer Pari ? Jamais il ne l’oserait !
— Eh bien ! s’exclama Nivora en ricanant. C’est ce que l’on appelle une transformation ! Tu as bien fait de te joindre à nous… Tu mérites un bon repas, ma belle !
La chouette à forme elemienne sourit. Elle était fortement agacée d’avoir été forcée à prendre cette forme mais, au moins, elle ne l’avait pas fait pour rien… En plus, elle avait toujours voulu essayer un lit d’elem. C’était l’occasion !
La plupart des Magimals étaient habitués à rester sous leur forme animale, rares étaient ceux à l’aise sous leur seconde forme. Pari n’y faisait pas exception. Pourtant, cette transformation leur permettait de décupler leurs capacités… Quelle ironie !
Sans crier gare, Pari monta voir Apple. Lorsqu’elle entra dans la pièce, la pomme écarlate souriait déjà.
— Qu’y a-t-il de drôle ? demanda Pari, en croisant les bras.
— Je suis enchantée de te rencontrer, Pari. Tu sais, je t’ai beaucoup entendue durant mon sommeil. Tu es une personne très forte. Tu m’as beaucoup impressionnée !
— Il n’y a pourtant pas de quoi l’être, ricana la chouette, pourtant bel et bien flattée par les mots d’Apple. J’espère que tu te portes un peu mieux maintenant.
— Je vais bien. Ne t’inqui…
Et c’est là qu’Aggniz déboula encore dans la chambre comme un taureau en furie, bousculant Pari, à l’occasion, qui tomba au sol.
— Oups, pardon ! hurla-t-il avec son air d’ahuri. Vous restez entre femelles ou quoi ?!
Exactement comme la fois d’avant, Apple remonta sa couverture. Pari, elle, fut prise par une terrible envie d’écraser Aggniz comme elle l’avait déjà fait la veille. Elle le fixa sans dire un mot. Elle s’imaginait déjà toute la scène. Enfin, elle reprit son calme et se leva. Néanmoins, elle comptait bien lui faire entendre le fond de sa pensée.
— Tu sais quoi ? dit-elle sèchement. Grei a raison. T’es soûlant… Que ce soit toi, le Aggniz débile, ou l’autre, le Aggniz avec une case en moins… J’en ai plus qu’assez de vous deux !
Aggniz grimaça. Il aurait pourtant dû se douter que la Dame Blanche allait réagir ainsi. Le regard plein de regrets, il n’ajouta rien de plus. Il continua juste ses curieuses grimaces.
— J’ai une idée, reprit Pari. Pour te différencier de toi-même, je t’appellerai Aggniz quand tu seras débile et je t’appellerai Zaggni quand tu seras l’autre cinglé là…
— Euh… d’accord, marmonna le charbon. Bon… Je serai en bas du coup, si vous voul…
— C’est bon, tu peux dégager ! Nous sommes entre femelles, tu vois ?!
Aggniz sortit sans demander son reste, le visage abattu. Que pouvait-il faire de plus ? Essayer de lui tenir tête, cela semblait plus effrayant que d’aller affronter Kazan et son empire…
Pari et Apple purent reprendre leur conversation. La magimale n’y alla pas par quatre chemins, elle regarda l’elemme pomme droit dans les yeux puis elle lui dit :
— Apple, si tu vas mieux, tu devrais rester ici. Nivora prendra soin de toi. De notre côté, nous allons reprendre notre route…
Apple ne flancha pas. Ses yeux étaient remplis d’une grande détermination. Soudain, elle abaissa le regard puis poussa un long soupir, comme pour prendre son courage à deux mains. Alors, elle releva la tête et elle répondit :
— Tu sais, ce sont sûrement les Dieux qui ont envoyé Grei vers moi cette nuit-là.
— Où veux-tu en venir ?
— Laissez-moi vous accompagner ! demanda directement Apple. Je veux vous aider dans votre quête. J’entends une voix qui me dit de vous suivre !
— Écoute, puisque tu me demandes ça sérieusement, je vais être sincère. Notre voyage sera semé d’embûches, et pas des moindres. Nous ne pourrons pas nous permettre d’être retardés. Rends-toi à l’évidence, toi-même, tu te sentirais comme un boulet !
— Si cela peut te convaincre, sache que j’ai d’aussi bonnes compétences que Nivora en tant que guérisseuse, répliqua-t-elle avec conviction. Si j’ai survécu, c’est aussi grâce à cela !
Pari se tut. Si Apple était réellement aussi compétente que Nivora, cela changeait la donne. Grâce à Nivora, Apple avait déjà meilleure mine, et le bras de Grei aussi. Toutefois, Pari pouvait-elle croire la pomme sur parole ? Et même si c’était vrai, pouvait-elle la laisser s’embarquer dans leur folle aventure, avec Duorukh d’un côté et l’effroyable Kazan de l’autre ?
Apple avait-elle vraiment sa place au milieu de tout cela ?
Pari dégagea la grosse masse de plumes qu’il y avait sur sa tête et qui lui chatouillait légèrement le cou… Apple continuait à la dévisager. Elle avait réussi à faire hésiter Pari. Apple l’avait déjà vue sous sa forme de chouette. Elle était si impressionnante, perchée sur son arbre… Et même maintenant, après sa transformation, elle n’avait rien perdu de sa majesté !
— Les Dieux ont envoyé Grei pour te sauver, pas pour que tu participes à un voyage dans lequel tu aurais bien plus à perdre et avec lequel tu n’aurais rien à voir ! insista sévèrement Pari.
À ces mots, les yeux d’Apple se remplirent d’une eau chaude qui commença à s’écouler le long de ses joues. Pari ne s’attendait guère à cette réaction. Elle tira une drôle d’expression et demanda à Apple de reprendre son calme.
— Comment peux-tu dire ça après ce que Kazan m’a fait, à moi, à ma famille et à toute ma région ?! s’exclama la pomme, en pleurs. Ma venue trouve autant de raisons que celle d’Aggniz ! Et maintenant que j’ai une dette envers vous, je compte bien la payer !
Après ces paroles, Apple, pleine de colère et de tristesse, détourna abruptement son visage. On aurait cru voir Grei qui boudait. En tout cas, Pari ne s’attendait pas à cela. L’elemme pomme avait un fort tempérament au fond d’elle. Ses mots étaient directs et sincères !
— Nous allons y réfléchir, dit Pari en posant sa main sur l’épaule d’Apple. Pour l’instant repose-toi…
Au même moment, dans la salle à manger, le déjeuner allait bientôt être servi. Pendant que Serazé, Aggniz et Grei étaient partis chercher du bois et de quoi manger pour ce soir, Nivora préparait un ragoût de volaille et de poivrons accompagné d’une légère sauce aux champignons. Sentant ce délicieux fumet arriver jusqu’à elle, Pari ne regrettait pas de s’être transformée…
À l’inverse, pour Apple, cette odeur n’avait rien d’agréable. Elle espérait que les autres trouveraient de bons fruits…
« Ces moments paisibles ne détournent pas les aventuriers de leurs objectifs…
Et, bientôt, ils prendront le chemin cahoteux de la Pierre Hal ! »




