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Na-Aven : L'Histoire d'un Nuage  作者: シャムローズ
Partie III : La Pierre Hal
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Les sœurs ~

~~ Mushishi - Makura Kouji

 À l’intérieur, Nivora avait installé Apple sur un lit. Trop imposante pour entrer, Pari avait préféré rester à l’entrée. Les autres attendaient dans la pièce principale en compagnie de Serazé. Oui, le couple les avait invités à entrer chez eux. Sachant que ses invités ne pouvaient se nourrir de viande, Nivora avait déposé un bol de fruits secs sur la table basse devant eux.


 Alors qu’elle examinait Apple dans la chambre, Grei racontait ce qui était arrivé au Jardin des Dieux. Serazé ne parlait pas mais il avait le visage grave.


— Voilà, c’est ce qui s’est passé en résumé, finit Grei. Apple est la seule qui a pu survivre…


 Après les avoir entendus, Serazé comprenait mieux la situation. Malgré ses doutes persistants, il commença à leur parler plus ouvertement.


— Kazan n’a donc aucune limite, soupira Serazé en secouant la tête.


— Il semblerait que non, répondit Grei. C’est juste un fou !


— Non, ce n’est pas de la folie, répondit le bâtisseur. C’est de la politique. À mon avis, il a dû sauter de joie lorsque ses messagers ont été renvoyés par le conseil du Jardin des Dieux…


— Comment ça ? demanda le nuage gris, confus.


— Cela lui a donné l’occasion de montrer ce dont il était capable. Retenez bien que c’est son premier contact avec cette région du monde. Tout le Continent Vert va pouvoir constater sa force… Avec ça, il fera plier la majorité de nos régions sans même se battre. C’est un sacrifice qui ne le touche même pas. Qu’en penses-tu, elem de feu ?


— J’en pense que Kazan doit être arrêté, dit Aggniz en serrant les poings. Plus vite on aura réglé son compte, plus vite on aura la paix.


 À cet instant, Nivora entra dans la pièce. Tous s’arrêtèrent de parler. Dès qu’il la vit, Grei se leva brusquement.


— Elle est hors de danger, dit l’immense guérisseuse tout en gardant son visage inexpressif.


— Merci mille fois ! s’exclama le nuage, tout enthousiasmé.


— L’un d’entre vous est guérisseur ?


— Euh… non.


— C’est étrange, murmura Nivora. J’ai l’impression qu’elle a déjà reçu les premiers soins… Cela dit, les dégâts restent considérables… Elle gardera de lourdes séquelles au niveau de son visage et de son corps. Cela s’atténuera avec le temps… mais ces blessures ne disparaîtront probablement jamais.


 Les regards d’Aggniz et de Grei se perdirent. Ils s’en doutaient. De telles brûlures ne pouvaient pas disparaître comme par magie… L’essentiel était que sa vie soit hors de danger. C’était une nouvelle extrêmement soulageante.


— Cela tient du miracle qu’elle soit dans un état si stable, déclara ensuite la guérisseuse. Elle se réveillera sûrement demain, mais il est préférable qu’elle reste là se reposer quelque temps. Si vous voulez qu’elle se remette vite, elle devra appliquer scrupuleusement mon traitement. Vous avez de la chance, on trouve de l’excellent engrais dans la forêt.


— De l’engrais ? demanda Aggniz avec son air naïf.


— Il ne vaut mieux pas que tu saches ce que c’est, lui répondit Serazé avec un demi-sourire.


 Nivora vint s’asseoir à côté de son mari et Grei se rassit également. Le regard perçant de la guérisseuse était fixé sur lui et sur Aggniz. Elle les scruta un long moment, moment qui devint rapidement gênant… puis pénible…


— Je sais que vous n’êtes pas venu uniquement pour votre amie, dit-elle d’un ton monotone.


 Cela devait arriver à un moment ou à un autre… Aggniz et Grei s’échangèrent un regard discret. Aucun des deux ne savait quoi répondre et, cette fois, Pari et son assurance n’étaient pas là pour les aider !


— Je savais que, tôt ou tard, cet événement me rattraperait, continua Nivora.


 Grei avait des sueurs froides. Serazé les fixait avec une expression apathique, la même qu’il avait lors de leur rencontre. Sa légèreté s’en était allé. L’atmosphère devint de plus en plus lourde et empira encore lorsque le colosse vert leur posa la question qu’ils redoutaient :


— La Pierre Hal… c’est ça ?


 Dehors, Pari s’était rendue invisible et, comme à son habitude, elle avait fermé les yeux pour se reposer. Toutefois, en entendant Serazé poser cette question, elle les rouvrit. Elle regretta d’avoir laissé ses deux pauvres acolytes gérer cette affaire. Elle se mit directement sur ses gardes. Tout pouvait arriver et… il valait mieux s’attendre au pire !


 Grei et Aggniz semblaient désespérés. Tous deux craignaient la suite des événements. Après tout, ils ne savaient pas grand-chose de ces êtres à l’aspect effrayant chez qui ils étaient entrés. Pari leur avait suggéré de dire la vérité avec tact. Grei était sur le point de le faire lorsque Aggniz s’exclama :


— Ouais ! C’est tout à fait la raison pour laquelle nous sommes venus vous voir !


— Je ne sais pas qui vous a parlé de cela, mais vous vous doutez que vous n’obtiendrez rien de moi, répondit Nivora en souriant étrangement.


 Ce sourire leur permit de voir ses dents acérées, bien plus pointues et tranchantes que celles de son compagnon. C’était l’une des caractéristiques du clan de Dionée…


 Aggniz se renfrogna. Grei devinait qu’il grinçait des dents. Avec cet elem déséquilibré, la situation pouvait dégénérer à tout moment. Notre héros, lui, tremblait comme un gamin pris la main dans le sac… Lui qui s’était promis de faire preuve de courage !


— Ce n’est pas ce que vous croyez ! s’exclama-t-il d’un ton assuré mais forcé. Cela ne dépend pas de nous. Nous ne sommes pas à la recherche de la pierre pour…


— Qu’importe ! l’interrompit Nivora. Tout d’abord, je m’en souviens à peine et, même si je m’en souvenais, je ne vous dirais rien ! Si je fais ça, c’est pour votre bien…


— Ça veut dire quoi ça ? demanda Aggniz, en relevant son sourcil gauche.


 Nivora se leva et alla regarder par la fenêtre. Le soleil partait se coucher. C’était à cette heure-là que Grei finissait son entraînement avec l’Ancien Drakht… Et voilà qu’il était ici, entouré d’inconnus et de mystères… Il regrettait le Jardin des Dieux comme il avait déjà regretté Nephelia. Oui, Grei était quelqu’un de profondément nostalgique.


— Puisque vous êtes venus jusqu’ici, je vais vous raconter mon histoire, dit finalement la grande Nivora. Ou plutôt… notre histoire… La mienne et celle de ma sœur, Karini.


 Alors que le village de Dionée sombrait peu à peu dans la nuit, Nivora replongeait dans son passé, son passé lointain et douloureux :


— Ma sœur est née en tant que bébé et moi en tant qu’enfant. Depuis le début, nous adorions donner du fil à retordre à nos parents, nous étions très agités… En grandissant, nous avons pris la décision d’aller dehors. Nous étions alors des jeunes et fougueuses elemmes à la recherche de l’aventure, des elemmes que rien ne pouvait arrêter…


 Nivora souriait face à l’horizon. De beaux souvenirs remontaient à la surface mais, lorsque les plus sombres firent leur apparition avec eux, la guérisseuse revint s’asseoir en face de Grei et Aggniz.


— Nous avons entendu parler de cette pierre… et de ses pouvoirs mystérieux, reprit-elle. Il n’en fallait pas plus pour attiser notre curiosité. Nous avons fait presque tout le tour du Continent Vert pour trouver cette pierre. Nous sommes même allés visiter le Continent des Cieux quelquefois, cela nous a permis de découvrir son décor avec ses superbes hauteurs…


 Grei se reconnaissait dans cet esprit, dans cette insatiable soif de découverte. Ses yeux s’étaient mis à briller. L’expression de Nivora, elle, n’avait pas changé. Toutefois, depuis qu’elle avait prononcé le nom de sa sœur, on pouvait entendre le son du chagrin résonner dans sa voix.


— Après des années et des années, nous n’avions toujours rien, continua Nivora. Nous étions sur le point de renoncer et de retourner au village et c’est là que nous avons rencontré un vieil elem. Je ne me souviens plus de son nom… mais tout le monde l’appelait « le vieux chêne ».


— Le vieux chêne ?! demanda Grei, interloqué.


— C’est ça, répondit Nivora. Je ne me souviens plus de comment il s’appelait vraiment. En fait, il n’arrêtait pas de s’inventer des noms. Il était vraiment bizarre… Parfois, on aurait dit qu’il nous aidait juste dans l’espoir de nous séduire !


 Aucun doute, c’était l’Ancien Drakht…


— D’un autre côté, c’était quelqu’un d’impressionnant. Il avait toujours des pistes intéressantes. Nous allions enquêter partout où il nous disait. Et, un jour, il finit par trouver le bon endroit. C’était un endroit étrange, un endroit où la pierre n’aurait pas dû se trouver, un endroit étroit et lugubre.


 La Nivora impassible avait disparu, elle affichait maintenant une mine qui paraissait remplie de tristesse mais, en réalité, ce n’était pas le visage de la tristesse qu’ils voyaient là. C’était celui de la peur.


— J’ai refusé d’y entrer. J’avais peur. Il y avait une sorte de dessin sur le mur. Je m’en souviens encore… C’était un visage hideux. En plus de cela, il y avait une horrible présence qui venait de l’intérieur. Tout portait à croire que l’on était au bon endroit. La pierre était enfin à notre portée mais, au fond de moi, une voix me disait qu’il ne fallait pas que j’y aille !


 Nivora marqua une petite pause. Elle avait du mal à parler. Elle approchait de la fin de son funeste récit…


— Karini insista pour aller voir, dit Nivora, sa voix continuant de trembler. Je l’ai attendue des heures et, au moment où je décidais d’entrer, elle revint… Elle était comme possédée par une bête sauvage. Elle essaya de me tuer. Je me rappelle avoir tenté de la contenir mais… En fait, je ne saurais dire avec exactitude ce qui arriva… Cela se passa si vite…


  Les yeux de Nivora devinrent humides. Serazé passa son bras autour de sa compagne pour la réconforter. Lui qui se donnait un air de colosse froid et sans cœur montrait finalement un peu de sensibilité.


— Le fait est qu’en essayant de me défendre et de sauver ma vie, j’ai mis un terme à la sienne, finit par dire la guérisseuse en abaissant ses paupières. Encore aujourd’hui, je revois l’image de ma pauvre sœur sans vie dans mes bras, ses yeux écarquillés et injectés de sang, ses traits crispés, ses nervures gonflées et…


— Nivora, cela suffit, l’interrompit Serazé.


 Elle se tut. Même après tout ce temps, sa douleur n’avait que peu faibli. Voilà une nouvelle histoire que Grei pouvait ajouter à sa collection de drames. Plein de nervosité, il se mordillait les doigts tandis qu’Aggniz, lui, restait parfaitement calme. Était-il moins sensible que Grei ? Non, mais il ne savait que trop bien ce que cela faisait de perdre un être si cher…


 Après avoir entendu la fin du récit, Pari marmonna toute seule dehors :


— Il semblerait que je sois la seule à ne pas avoir eu de problèmes de famille…


 Nivora n’avait plus qu’à conclure. Elle prit une profonde inspiration avant d’enfin terminer son long monologue :


— Cet endroit était habité par un mauvais esprit, j’en suis sûre… Un esprit qui ne souhaitait pas être dérangé… Sûrement était-ce le gardien de la Pierre Hal ! Incapable d’aller plus loin, j’ai fini par revenir au village. J’ai tout fait pour oublier cette histoire mais, comme vous le devinez, elle me hante toujours. J’ai la mort de ma sœur sur la conscience, je ne pourrais jamais m’en défaire… Alors, je vous en conjure, renoncez à cette maudite pierre !


 Tandis que Grei était toujours occupé avec ses doigts, Aggniz avait sa posture fière, les bras croisés et les sourcils froncés. Il ne comptait pas repartir d’ici sans savoir où se trouvait la Pierre Hal.


— Merci de vous inquiéter pour nous, dit-il. Malheureusement, le problème est bien plus grave que vous le croyez. Nous ne voulons pas la pierre pour nos propres intérêts mais bien pour contrer les intérêts d’un autre. Sachez que Kazan est à la recherche de cette pierre depuis des années. Et s’il la trouve…


 Aggniz s’arrêta un instant. Personne n’aurait pu deviner qu’il était le fils de Kazan en l’entendant parler. Sa fureur se lisait dans ses yeux autant que dans ses cheveux qui s’agitaient. Il comptait les faire parler… Il n’avait pas prévenu ses compagnons de ce qu’il avait en tête…


 Il ne leur avait pas dit que si cela s’avérait nécessaire… il n’hésiterait pas à user de la force.


— Kazan a réduit en miettes la région que vous appelez le Jardin des Dieux, continua l’elem ardent. La seule survivante, vous l’avez dans la chambre d’à côté. Alors, je me fous de ce mauvais esprit ! Si c’est là où se trouve la pierre, nous irons !


 Grei ne portait pas Aggniz dans son cœur mais, sur ce point, il était d’accord avec lui. Après ce qu’il avait vécu au Jardin des Dieux, il ne pouvait pas aller contre ces paroles. Il refusait de voir un tel tableau à nouveau !


— Aggniz a raison, appuya-t-il. Je suis vraiment désolé pour ce qui vous est arrivé. Nous aurions tous préféré que cela ne se produise pas. Cependant, vous avez le pouvoir de faire en sorte que tout cela n’ait pas été vain !


— Ne vous excitez pas trop ! tonna Serazé. Si vous continuez à…


— Non, laisse-les parler, l’arrêta Nivora.


— Votre voyage vous a sûrement fait perdre ce qui était le plus cher à vos yeux, mais il pourra peut-être sauver des millions de vies, reprit Aggniz. Si la Pierre Hal tombe entre les mains de ce grand salaud, nous ne perdrons pas seulement nos amis, nos frères, nos sœurs ou le reste de nos familles… nous perdrons tout !


 Nivora les fixait sans cligner des yeux. Elle était figée comme une statue. On aurait dit qu’elle tentait de sonder l’âme de ses deux invités. Son long visage et ses grands yeux en amande la rendaient encore plus effrayante que Serazé. Inconsciemment, Aggniz recula un peu sa tête, de peur d’être hypnotisé par cette espèce de grande… plante carnivore !


— Je me sens un peu fatiguée, dit-elle en se relevant subitement. Le soleil est parti se coucher. Nous devrions en faire autant. Serazé, peux-tu les conduire jusqu’à leur chambre ?


— Je m’en occupe, répondit son mari en se levant à son tour.


 Serazé semblait s’être calmé lui aussi. Celui qui leur avait formellement interdit de mettre un pied chez eux allait maintenant les accompagner jusqu’à leur chambre.


— Cela ne vous pose pas de problème ? demanda Grei.


 Ils ne lui répondirent même pas… Mais alors que Nivora était sur le point de partir, elle revint vers Grei. Elle s’approcha encore et observa la brûlure que lui avait infligée Aggniz au niveau de son bras. La guérisseuse posa délicatement ses mains dessus pour l’examiner. Grei sursauta et il laissa s’échapper un petit « aïe ».


— Pourrais-tu aussi aller donner ce qu’il reste à manger à la chouette ? dit-elle, s’adressant à Serazé. Finalement, j’ai encore à faire…


 Toute seule dans l’obscurité de la nuit, Pari se mit à gigoter de bonheur à l’écoute de ces mots qui sonnèrent comme une douce poésie à ses oreilles.

« L’heure de se reposer arrive enfin !

Enfin, peut-être pas pour tout le monde… »

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