Naissance ~
~~ Asura’s Wrath - In your belief (Instrumental)
Cette histoire se déroule dans un monde où nous ne sommes pas là. Nous, les êtres humains. La planète ne compte que des décors majestueux. Les montagnes sont restées reines, elles occupent la majeure partie des trois grands continents : le Continent des Cieux, le Continent Vert et le Continent Calciné…
Ceci est un monde où la faune, la flore et l’inanimé ont été choisis pour assumer le rôle principal.
Ce jour-là, les nuages s’étaient regroupés au nord. Le ciel était recouvert d’un voile sombre. L’obscurité était telle que l’on pouvait à peine distinguer le relief des montagnes… Soudain, une lumière déchira le ciel en mille morceaux et, avec un grondement extrêmement puissant, elle brisa le silence.
Au pied des montagnes, en plein milieu des ténèbres, une étrange sphère lumineuse avait été déposée. Elle disparut quelques minutes plus tard mais laissa derrière elle une fumée noire qui continua de subsister plusieurs jours durant sans jamais faiblir. Même la pluie ne put en venir à bout. Lorsque cette fumée s’en alla enfin, elle dévoila un gigantesque cratère.
Au centre de ce cratère était allongé un personnage au physique curieux. On aurait pu apparenter cet être à un jeune homme d’une vingtaine d’années, à quelques petits détails près. Sa peau était d’un gris mat et ses cheveux étaient vaporeux. Ils ressemblaient davantage à de la fumée qu’à des cheveux, une fumée de couleur ébène, comme celle qui cachait le cratère…
Après des jours de sommeil, ses yeux s’ouvrirent. Des iris apparurent doucement sur la surface blanche de ses yeux, des iris si noirs et si profonds que l’on aurait pu s’y engouffrer tout entier.
Tout doucement, l’être gris se releva et tourna son visage vers le ciel lumineux et resplendissant. Il passa des heures entières à contempler et à ressentir tout ce qui l’entourait. Les couleurs et la fraîcheur de ce monde lui plurent tout de suite.
D’un seul coup, il se mit à marcher. On aurait dit que quelqu’un l’avait appelé. Il marcha pendant plusieurs jours sans s’arrêter, sans boire et sans manger. Au cours de la traversée d’une petite forêt, il rencontra toutes sortes de bêtes. Il fit la connaissance d’insectes, d’écureuils, de belettes et même d’une meute de loups.
En le voyant, ceux-ci s’enfuirent. Notre marcheur aurait pourtant aimé être approché par l’une de ces curieuses créatures… Il semblait être le seul de son espèce sur ces terres. Il ne vit aucun semblable au cours de ce long chemin.
Son voyage lui fit passer par une grande vallée entourée par les montagnes. Il arriva devant la plus grande. Elle était si éminente qu’elle paraissait monter au-dessus du ciel. Un vieil et large escalier avait été taillé dans le sol et menait jusqu’au sommet… Évidemment, notre marcheur gris l’emprunta.
Après avoir passé la moitié des marches, il ressentit quelque chose d’étrange. Il percevait d’innombrables présences venant de là-haut et, plus il montait, plus ces présences devenaient fortes… Enfin, après une montée interminable, il sentit que quelqu’un venait vers lui… Est-ce que l’on venait l’accueillir ?
Après quelques instants, il vit l’individu arriver au loin. Cette fois, c’était un être qui lui ressemblait beaucoup.
En revanche, celui-ci était d’une extrême clarté, sa peau était d’un blanc cassé et ses cheveux, qui n’étaient que vapeur comme ceux de notre marcheur, étaient d’une pâleur immaculée. D’ailleurs, il en avait bien plus… Sa chevelure semblait couler le long de son corps jusqu’au bas de son dos comme une cascade de fumée.
On aurait dit un ange tout droit descendu du ciel.
Son corps était recouvert d’un étrange tissu de couleur verte avec quelques taches jaunâtres. C’était un vêtement usé par le temps… Cet individu lui-même avait un certain âge. Il semblait avoir passé la soixantaine, voire plus encore…
Il ne possédait qu’un œil. Celui de droite était recouvert par un bandeau de la même matière que l’espèce de robe qu’il portait. L’iris de son œil qui restait semblait avoir été décoloré. On pouvait à peine l’apercevoir sur la surface de son globe oculaire.
Ce drôle de personnage descendait lentement les escaliers. Complètement perdu dans ses pensées, il se dirigeait tout droit vers l’être gris. Lorsqu’il le remarqua enfin, il fut si troublé qu’il en tomba à la renverse. Arrivé à son niveau, notre marcheur gris s’arrêta lui aussi. Alors, l’autre se releva en tremblant, comme s’il était devant un fantôme.
Notre héros gris portait, lui aussi, une expression stupéfaite. Il ressentait un mélange de peur et de curiosité. L’œil qui restait à cet être tout blanc scrutait nerveusement l’être gris de la tête aux pieds. Finalement, le vieillard se décida à ouvrir la bouche :
— Je suis Baadal, l’un des Anciens du village de Nephelia ! Qui… Qui es-tu, étranger ?! Et que viens-tu faire ici ?!
L’être gris ne réagit pas, il continua simplement à regarder le vieux personnage avec ses yeux écarquillés. Après ce silence, Baadal reprit la parole :
— Réponds, étranger ! Si tu ne veux pas répondre, je te saurais gré de partir !
— Je suis venu ici car… j’ai senti qu’il y avait des gens, répondit alors notre randonneur.
— Je te demande pardon ? demanda le vieux borgne, l’air confus.
— Je me suis réveillé et je suis venu ici. J’ai trouvé cet escalier, je suis monté et j’ai commencé à sentir qu’il y avait des gens là-haut… C’est tout.
— Se pourrait-il que… tu sois un nouveau-né ? Quand es-tu arrivé en ce cas ?!
— Je ne suis pas encore arrivé, je suis encore en chemin.
— Mais non, je te demande quand est-ce que tu es arrivé sur cette terre, idiot !
« L’idiot » avait beau avoir du mal à suivre ce qui se passait, il commençait tout de même à se sentir agacé par ce vieil hurluberlu et par son désagréable interrogatoire.
— C’est le cinquième soleil que je vois depuis que je me suis réveillé.
— C’est donc bien cela. J’aurais dû m’en douter. Les derniers orages qui sont passés sur la région ont été d’une rare violence… Ah… Je ne pensais vraiment pas revoir ceux de ton espèce. Je suppose que tu n’as pas de nom et que tu ne sais même pas ce que tu es.
— Je suis…
En effet, il ne le savait pas. Il voulait rétorquer quelque chose mais c’était impossible.
— Oui, vous avez raison, avoua-t-il finalement.
— Je vais te le dire, petit ! pouffa Baadal. Tu es un nuage gris ! Et je préfère te prévenir, tu n’es pas un être comme les autres. Ta vie s’annonce rude… surtout ici, sur le Continent des Cieux !
Un nuage gris ? Ces termes résonnèrent longuement dans l’esprit de notre héros. C’était donc cela qu’il était ? Un nuage gris.
Et c’est ici que commença à s’écrire l’histoire et la destinée du nuage gris sans nom.
La destinée ? Une chose bien énigmatique. Certains disent qu’elle est écrite dans les mains, certains disent qu’elle se trouve dans les cieux, d’autres n’y croient tout simplement pas. Lui s’en fichait bien à cet instant-là. Pourtant, il maudirait la sienne bientôt, il maudirait son histoire qui l’avait amené à cet endroit, là où son long périple allait commencer.
« Baadal prédit une rude vie à notre nuage gris.
Pourquoi ? En quoi est-il si différent des autres ? Il compte bien le découvrir ! »




