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Na-Aven : L'Histoire d'un Nuage  作者: シャムローズ
Partie I : La cité des nuages
PR
13/46

Baadal ~

~~ Asura’s Wrath - Furueru Kokoro (Piano Solo)

 Pari ne donna aucune réponse à Grei. Il n’entendit que le vent souffler dans ses oreilles. « Elle ne veut pas en parler, elle non plus ? » se demandait-il.


 D’un côté, il ne connaissait pas vraiment Pari. Il ne l’avait vu qu’une fois. Tout ce qu’il savait sur elle, c’était ce que Baadal lui avait raconté. En tout cas, il ne la savait pas mauvaise. Elle l’avait tout de même sauvé des griffes de ses soi-disant frères nuages…


— Je suis désolé, dit-il, pensant l’avoir mis dans une situation de gêne.


— Pourquoi ? demanda Pari. Je réfléchis là. Je ne sais pas par où commencer…


— Ah !


— Oui, c’était il y a longtemps. Par contre, je te préviens, je connais juste les grandes lignes.


 La nuit tombait, les étoiles commençaient à apparaître et la lune brillait d’un éclat de plus en plus fort. Il restait une petite lueur de la journée passée lorsque Pari commença à raconter l’histoire de Nephelia, l’histoire de l’Ancien Baadal et… l’histoire de son fils.


— Tu le sais peut-être déjà mais les Elems commercent toutes sortes de choses, du bois, de l’argile, des fruits, des légumes et, dans le cas de Nephelia, de l’eau : leur fameuse eau vivifiée. Les commerçants sont fréquemment envoyés au loin pour participer à des marchés. Baadal en faisait partie…


— L’Ancien Baadal était un marchand ?


— C’était même le chef des marchands. Bref, un jour, alors qu’ils allaient vers le sud, ils firent une rencontre surprenante. Ils tombèrent nez à nez avec un enfant nuage… un nuage gris !


— Un nuage gris ?! L’Ancien Baadal aurait donc connu un autre nuage gris avant moi…


— Oui mais c’était il y a bien longtemps. Baadal n’était pas un Ancien à cette époque. Il était beaucoup plus jeune. Je n’étais même pas née à cette époque.


— Ah… Tu es née en tant qu’adulte, toi aussi ?


— En tant qu’adulte ? ricana Pari. Les Magimals ne sont pas comme les Elems. Nous pouvons nous reproduire. Nous naissons comme des bébés, tous sans exception, et nos parents sont des parents biologiques contrairement aux vôtres qui sont des parents adoptifs.


— Je n’ai rien compris.


— Retiens juste que les enfants elems sont toujours assignés à deux adultes, un elem mâle et une elemme femelle. Ce sont eux qui s’occupent de l’enfant et qui l’accompagnent jusqu’à ce que lui-même devienne un adulte. Ainsi, ils deviennent des parents pour cet enfant.


 Grei hocha la tête. Il savait ce qu’étaient des parents. Urnaa lui avait déjà parlé des siens à plusieurs reprises. Pari reprit :


— Revenons à l’enfant nuage gris… Le groupe ne pouvait pas le ramener au village, ils en étaient déjà trop loin. Alors, ils le prirent avec eux. C’est Baadal qui s’en occupa. Puis, de retour à Nephelia, lui et Nor le gardèrent avec eux et lui donnèrent un nom : Aroy.


— Attends un peu, un nuage gris, accepté aussi facilement à Nephelia ?! s’étonna Grei. Et tu me dis que c’est l’Ancien Baadal le père de ce nuage gris ?! Et qui est Nor ?


— Nor était la compagne de Baadal… Et, à cette époque, le village n’avait pas vraiment de problème avec les nuages gris. Il y avait juste quelques légendes à leur sujet. Aroy était aimé de tous, c’était un prodige. Il arrivait à tout faire du premier coup. Il était vraiment fort… Tout le contraire de toi si tu veux !


— Comment tu sais ça ?! Tu m’as observé ?!


— Je voulais voir ce que tu valais, dit-elle en pouffant. Tu n’imagines pas ma déception ! Bon maintenant, laisse-moi finir. C’est déjà assez ennuyant de raconter cette histoire. Si tu m’interromps à chaque fois, cela ne va pas m’aider…


 Alors, Grei posa sa tête contre le dos de Pari et ferma les yeux. Cette journée l’avait épuisé. Il se sentait bien ici, dans l’obscurité de la nuit, sur le dos de la Dame Blanche. La voix de Pari avait quelque chose d’hypnotisant, quelque chose d’apaisant. Elle avait le don pour raconter les histoires et, elle avait beau dire que cela l’ennuyait, elle se plaisait à les raconter.


— Aroy était gâté, les femelles nuages l’aimaient et les mâles nuages l’admiraient, continua Pari. Il était presque considéré comme un demi-dieu. Rapidement, il comprit qu’il pouvait en tirer bien plus. C’était un elem qui avait une soif de pouvoir infinie, il n’en avait jamais assez. Pire que cela, il adorait écraser et humilier les autres. Il n’était pas gentil comme toi…


— Tu me trouves gentil ? dit notre héros, flatté par la remarque.


— C’est à la frontière de la naïveté en ce qui te concerne, rétorqua Pari.


— D’accord…


— Au début, les actes d’Aroy n’étaient considérés que comme des caprices d’enfant. Évidemment, il finit par grandir, tout comme ses ambitions, et, évidemment, on lui refusa tout accès au pouvoir. À partir d’ici, la haine s’insinua en lui. Baadal et Nor ne purent rien faire. Peu à peu, il devint un monstre, un monstre qui allait mener à la Guerre noire…


— Une guerre… ? Juste à cause de la lubie de ce type ?


— Il arrive parfois que des guerres se déclenchent à cause de futilités… D’un côté, ce n’est pas une guerre comme tu pourrais l’entendre…


— Que veux-tu dire ?


— Il n’y a pas tant de personnes qui ont pris part à cette guerre.


— Combien alors ?


— Au début… deux.


 Grei releva brusquement la tête. Ce que Pari lui disait devenait de plus en plus invraisemblable… Il crut même qu’elle était en train de se moquer de lui.


— Deux ?! s’exclama-t-il.


— Oui, laisse-moi continuer, tu vas comprendre. Je disais donc… Aroy en eut assez de Nephelia et de son conseil, il en eut assez qu’on lui mette des bâtons dans les roues. Il devint instable. Un jour, il partit défier l’ensemble du conseil à lui tout seul. À l’époque, le chef du village était Tsim, le père de Duorukh.


 Grei faillit encore intervenir mais, souhaitant éviter que Pari ne le jette en bas, il s’abstint. Elle était si absorbée par cette histoire qu’elle semblait être en train de la vivre.


— Tsim était l’un des meilleurs amis de Baadal. Il avait accueilli Aroy à bras ouverts. Rien à voir avec son fils, Duorukh… Et voilà qu’un jour, ce même Aroy se pointe devant lui et bafoue son honneur. Tsim tenta bien de le raisonner, il usa même de la force mais Aroy n’en fit qu’une bouchée. Le conseil et les quelques guerriers présents furent tout aussi impuissants… Il n’y avait que deux options, se soumettre ou subir le courroux du nuage gris… Ce fut le début d’une époque sombre où Nephelia plongea dans la peur.


— Il fallait que tout le monde se réunisse ! s’écria Grei.


 Pari ne dit rien. À cet instant, elle était profondément enfouie dans ses souvenirs. Son esprit revivait des scènes du passé, des scènes effroyables…


— Justement, lui répondit-elle. Une résistance se mit rapidement en place pour tenter de l’arrêter. C’est là que la folie d’Aroy se manifesta pleinement… Il suffisait qu’un elem soit soupçonné de faire partie de la résistance pour qu’il soit aussitôt exécuté. Il décima un bon nombre de gens comme ça. D’ailleurs, il tuait toujours de ses propres mains, comme s’il aimait le faire.


 Cette histoire devenait de plus en plus lugubre. Cependant, Grei commençait à comprendre. Oui, les pièces du puzzle étaient en train de s’emboîter dans sa tête, petit à petit.


— Bien sûr, Baadal aussi tenta de faire entendre raison à son fils. Cependant, qu’il ait son frère, son père, ou même un dieu en face de lui… Aroy s’en fichait. Baadal fut terrassé par celui qu’il avait lui-même élevé. Aroy lui laissa la vie sauve… mais peux-tu imaginer ce qu’a dû ressentir Baadal à ce moment-là ?


 Pari attendit un mot de la part de Grei mais celui-ci resta silencieux. C’est sur un ton grognon qu’elle dit alors :


— Hé, tu t’es endormi ou quoi ?


— Hein ? fit Grei comme s’il venait réellement de se réveiller. Ah ! Non ! Excuse-moi… En fait, tout cela est si incroyable… Je peine à y croire.


— Ce n’est pas fini. Au bout d’un moment, Aroy se mit à tuer quiconque le gênait. La résistance dut creuser des souterrains et s’y terrer pour survivre. C’est là que Baadal et Tsim appelèrent mon père. Ils le connaissaient bien, ils avaient déjà voyagé ensemble. Mon père ne voulait pas se mêler de cette histoire mais, voyant l’ampleur que cela prenait, il finit par accepter…


— Les souterrains de Nephelia… Je comprends mieux maintenant. Il y a juste une chose qui me choque. Ce Aroy, il était vraiment si fort que ça ?


— La puissance d’Aroy n’avait rien de comparable à celle d’un nuage normal. Il aurait pu écraser cent guerriers d’un seul coup. Face à lui, Nephelia semblait condamné.


 Voilà pourquoi l’Ancien Baadal était si surpris par le manque de talent de Grei dans l’utilisation de ses pouvoirs. Grei était tout l’inverse de ce que Paari était en train de lui décrire. Pour autant, cela expliquait aussi la fois où il avait usé du tsu pour secourir Urnaa. Ce potentiel vivait bel et bien en lui… et ce sans qu’il ne le sache…


— Enfin, le temps passa et, un jour, il se passa quelque chose d’inattendu, continua Pari. Une chance ou un malheur, je ne saurais le dire… Un étranger vint à Nephelia… Quelqu’un dont personne n’attendait la venue tant elle était improbable, quelqu’un qui avait le pouvoir de défaire le nouveau chef du village : un autre nuage gris.


— QUOI ?!


— Oui… Encore aujourd’hui, on ne sait ni son nom, ni d’où il est venu. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il était venu voir Aroy. À ton avis, qu’est-ce que représentait cet individu aux yeux d’Aroy ? C’était, évidemment, une véritable menace pour lui !


— Il aurait pu s’en faire un allié, non ?


— Ce n’est pas comme ça que réfléchissent ceux de la trempe d’Aroy, retiens-le bien. Tes deux congénères commencèrent directement à s’affronter à Nephelia, presque tout le village en fut détruit et Aroy fut battu à plate couture… L’autre l’invita à continuer ailleurs s’il en avait le courage. Bien sûr, Aroy y alla et le combat se poursuivit…


— Où ça ?


— Sur la plus grande montagne de la région.


— La plus grande montagne ? Je pensais que c’était celle de Nephelia…


— Aujourd’hui, oui. Cependant, à cette époque, il y en avait une encore plus grande. Le combat a été tel qu’il n’en reste plus qu’un terrain vague maintenant…


 Grei en resta bouche bée. « Une si grande montagne, entièrement détruite ? Impossible ! » se disait-il. Il comprenait mieux la peur des habitants de Nephelia… Alors, il murmura :


— C’est donc cela, la Guerre noire…


— Eh oui, enfin… c’est le début, répondit Pari. En fait, c’était une chance inespérée pour la résistance. L’issue de ce duel importait peu. Ce qui importait, c’était que le gagnant devienne une proie facile. C’était maintenant ou jamais ! Toutefois, Baadal faisait partie de la résistance lui aussi… et lui souhaitait seulement arrêter son fils… pas plus que cela.


— L’Ancien Baadal… Finalement, il a toujours voulu rendre l’impossible possible.


— Pour lui, c’était toujours possible… Tsim, le chef, n’était pas vraiment d’accord mais il le comprenait car lui aussi était récemment devenu père. Par contre, les autres voulaient en finir une bonne fois pour toutes. Ils réclamaient justice. Tsim comprenait ceux-là également.


— Tu m’étonnes…


— De toute façon, il n’y avait plus de retour arrière possible. Une centaine de nuages se mirent en route ce jour-là. C’est ce qu’ils appelèrent l’Expédition Punitive.


 Grei avait déjà entendu ces termes de la bouche de Duorukh. Tout prenait enfin sens grâce à Pari. Elle était telle une lanterne dissipant les brumes qui restaient encore dans l’esprit de notre héros.


— Mes souvenirs sont flous, continua-t-elle. J’étais encore petite… Tout ce que je sais, c’est que l’affrontement entre ces deux nuages gris dura plusieurs jours. Aucun des deux ne voulait s’avouer vaincu. Finalement, Aroy en sortit vainqueur grâce à un pouvoir… mystérieux et, comme prévu, il en sortit bien affaibli.


— Mais tu as dit que son zîn était inférieur à celui de l’autre nuage gris !


— Hé, calme-toi ! Je te dis juste ce que j’ai entendu alors ne me saoule pas !


— Effectivement… Désolé.


— De toute façon, j’ai bientôt fini… Du coup, une grande partie de la résistance tomba seulement car elle se trouvait trop près de la bataille. La majeure partie des survivants fut ensuite massacrée par Aroy lorsqu’il les vit arriver… mais cette fois, non sans mal. À la fin, il n’en restait qu’une poignée, dont Baadal et Tsim.


 Un frisson parcourut le dos de Grei. Il sentait le dénouement de cette histoire arriver et il le redoutait… Il y avait une forte odeur de drame. La voix de la chouette géante parut s’alourdir un peu, comme si la gravité de ces événements pesait sur elle.


— Grei, tu devines bien comment ça se termine à présent, n’est-ce pas ? Est-ce que tu arrives à imaginer la scène ? Aroy, Baadal, Tsim et quelques autres survivants de la résistance, face à face sur un champ de bataille chaotique, le sort de tout Nephelia en jeu…


— Tu veux dire que Baadal dut livrer un combat à mort contre son propre fils, c’est ça ?


— Tu éludes trop… Ce jour-là, Baadal tua Aroy. Avec l’aide de ceux qui étaient encore debout, il mit un terme à sa vie. Il y perdit un œil et en sortit grièvement blessé, presque au bord de la mort, mais… ce fut bien lui qui, de ses propres mains, ôta la vie du nuage gris.


 La lune et les étoiles brillaient dans le ciel. En les regardant, Grei repensa à son vieil ami. Il était si désolé de lui avoir infligé un supplice de plus. Il ne l’avait pas mérité.


 Le filicide. Existait-il quelque chose de pire ? Notre héros se dit que passer sa vie emprisonné aux cachots ne paraissait pas si horrible à côté de ce qu’avait enduré Baadal. Personne n’aurait dû avoir à vivre ce que lui avait vécu. Personne. Grei n’avait plus qu’une idée en tête, aller retrouver son maître.


— Il ne s’en est jamais remis, murmura Pari. Il a tout perdu ce jour-là. Tout ce qu’il lui restait, c’était Nor et, peu de temps après, elle fut tuée à son tour… probablement par un survivant de la guerre ou par un proche d’une victime d’Aroy. Nor s’était toujours montrée protectrice envers son enfant. Elle était la cible idéale pour ce genre de salopard assoiffé de vengeance. Elle partit et laissa Baadal seul, livré à lui-même.


 Grei sentit sa poitrine devenir douloureuse. De l’eau remplit ses yeux mais elle ne s’écoula pas. Il retenait inconsciemment ses larmes. Il souffrait pourtant terriblement pour l’Ancien Baadal. La voix tremblotante, il balbutia :


— Je n’arrive même pas à imaginer ce qu’il a dû éprouver…


— C’est un véritable guerrier ! Cependant, même pour lui, c’était trop. Tsim reprit sa place de chef et lui demanda à maintes reprises de le rejoindre au conseil, en vain. Baadal quitta Nephelia et s’installa près de chez nous. C’est là qu’il construisit sa hutte. Je m’en rappelle encore… À cette époque, il était habillé comme toi… avec la tenue de la résistance.


— Hein ? lâcha Grei, étonné. C’est la tenue des résistants ?! Mais pourquoi m’a-t-il donné ça ?!


— À mon avis, il n’avait rien d’autre à te filer ou… peut-être qu’il voulait voir Aroy le porter.


— Pardon ?


— J’ai eu l’occasion de le voir… Aroy. C’était la première fois que je passais à Nephelia. Je n’étais qu’une petite chouette, mais je savais déjà dissimuler ma présence. Ce jour-là, j’ai vu ce type tuer un autre nuage… Ouais, un meurtre de sang-froid. C’est d’ailleurs la seule fois où j’ai vu une telle cruauté… Crois-moi, je me rappelle parfaitement de son visage… Ce visage, c’était le tien, Grei. Tu es son portrait craché !

« À présent, tout est clair pour Grei…

Toutefois, il oublie une chose… Il ne sait toujours pas vers où il se dirige ! »


挿絵(By みてみん)

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