表示調整
閉じる
挿絵表示切替ボタン
▼配色
▼行間
▼文字サイズ
▼メニューバー
×閉じる

ブックマークに追加しました

設定
0/400
設定を保存しました
エラーが発生しました
※文字以内
ブックマークを解除しました。

エラーが発生しました。

エラーの原因がわからない場合はヘルプセンターをご確認ください。

ブックマーク機能を使うにはログインしてください。
Solaris Ikizkuz Kardesler  作者: 蕤
Recto
11/24

Recto - partie 10


Néphéline ne restait jamais en présence d'Elyne.

Depuis le début, elle ne l'avait jamais aimée, et cela n’avait toujours pas évolué ; pourtant elle ne savait pas vraiment pourquoi elle-même. Néphéline se sentait jalouse et pendant longtemps apeurée par la borgne, mais ce n’était probablement pas tout.


Elyne ne savait toujours pas quoi en penser en cet hiver de l’an trente et un. Elle avait donc simplement acceptée, depuis longtemps, cette haine apparemment injustifiée. Elle n’était pas inquiète, et n’accordait que peu d’importance à cette jeune fille troublée. Elle ne comprenait pas ce qu’elle pouvait penser mais ne s’y attardait pas.

Éloïse non plus ne savait pas vraiment quoi penser de cette enfant taciturne. Quand elle avait eue des occasions de la rencontrer, elle avait remarqué un caractère sage, poli ; mais surtout extrêmement attentionnée envers Prume. Néphéline n’avait d’yeux que pour elle.

Ce dont Éloïse ne se rendait naturellement pas compte, c'est qu'en sa présente comme celle de Prume, l'aura néfaste de Néphéline s'effaçait, comme si une pluie fine la lavait de la boue qui la recouvrait. En leur présence et particulièrement celle de Prume, quelque chose autour de la jeune fille s’allégeait sensiblement. Dans son attitude, on pouvait percevoir un soulagement discret, qui trahissait des bouleversements sur un plan psychologique plus profond.


Pendant ces rares instants, elle se rapprochait de l'adolescente normale qu'elle aurait toujours dut être. Malheureusement pour elle, sitôt Éloïse et surtout Prume absentes, son naturel étrange revenait, faisant remonter la sensation d'obscurité qui atteignait tous ceux qui l'entouraient. Éloïse ne connaissait pas vraiment cet aspect sombre du cœur de Néphéline, qui ne le lui cachait pas consciemment.

Quand elles discutaient, c'était la présence d'Éloïse qui apaisait l’aura. Leurs légères discussions étaient le plus souvent axées sur Prume. Éloïse conversait alors avec une fille certes très détachée des réalités, mais excessivement sensible et plus intelligente qu’elle ne pouvait le laisser paraitre. Éloïse pouvait deviner la noirceur existentielle qui habitait la fille, mais elle conversait avec une personne qui lui semblait toujours épurée, presque mise à nue. Néphéline aurait été incapable de mentir un seul instant à Éloïse. Elle, se contentait de parler avec une amie chère d’une de ses filles, et d’essayer de la rassurer le plus souvent.


Elles essayaient régulièrement de se rassurer. Néphéline dépouillée de sa noirceur était dans un état de faiblesse qui la rendait craintive, et Éloïse comblait là un manque maternel, en la rassurant régulièrement. Néphéline se laissait porter sans réfléchir dans cet état vulnérable ; mais la mère des jumelles était l’une des rares personnes qui avait sa confiance.


Comme elles parlaient le plus souvent de Prume, elles exprimaient leurs satisfactions, mais surtout leurs inquiétudes. Elles se rassuraient à leur manière l’une l’autre, chacune ayant un point de vue et des inquiétudes très différentes. Néphéline avait des peurs immatérielles et un détachement qui rendait beaucoup de craintes concrètes obsolètes ; quand Éloïse avait des peurs réalistes, mais une confiance générale très vaste.


Prume avait-elle encore une chance de retrouver un jour une vie normale ? Devenue adulte, elle pouvait se garder des diagnostics médicaux. Mais il était évident, même si elle ne dépérissait apparemment pas, qu’elle ne pourrait jamais avoir une vie normale ou similaire à celles des personnes qui lui étaient chères. Quelle que fût l’état de sa santé désormais, elle restait malheureusement différente. Jusqu'à quand ? Allait-elle finir par mourir avec cette apparence juvénile ?


~~~



Cheryl Rough. Elyne découvrait lentement les faits de l’artiste. La jeune chanteuse avait fait quelques concerts, et avait séduit. Elle était sur scène depuis à peine un an, en mars de cette année-là, mais ses chansons aux styles variés avaient touchées d’autant plus de monde qu’elle était éclectique.

La petite chanteuse avait amené une nouvelle fraîcheur en musique, et en montrant une diversité et un talent certain, son succès en avait été immédiat.


On lui donnait entre douze et quatorze ans... Elyne ne fut évidemment pas dupe devant cette information, et envisagea que ce fût sa sœur qui chantait.

Cheryl était toujours costumée sur scène, par des robes diverses d'une certaine élégance qui lui étaient fournies par un tailleur célèbre qu'elle aurait séduit et convaincue de la fournir. Les représentations étaient donc toujours faites sous des atours de choix. Si Elyne n’appréciait pas le ton flatteur de l’article lu et imaginait mal Prume recourir à ce genre de méthodes, autant qu’avoir goût pour les vêtements de luxe ; elle savait cependant que des robes longues et couvrantes présentaient des avantages non négligeables pour elle.


Un détail auquel les journalistes s'interrogeaient était ses yeux. Cheryl ne montrait jamais ses yeux. Elle les cachait le plus souvent en laissant ses cheveux tomber sur son visage. Sinon, les vêtements de son camarade couturier étaient parfois faits pour les lui bander avec délicatesse. On supposait donc qu'elle était aveugle, ou tout au moins très mal voyante. L'important pour elle, c'était de chanter.


Ce qu’Elyne savait, c’était que la couleur des yeux de la famille Gains était assez rare pour être facilement reconnue. Cet indigo presque noir autour de la pupille, généralement considéré comme une couleur bleue sombre, était un trait de couleur qu’on ne pouvait pas dissimuler facilement. Cheryl ne les montrait pas, mais il pouvait y avoir d’autres raisons que la cécité, et Elyne envisageait aussi les autres possibilités.


Cheryl avait l'étonnante capacité de pouvoir moduler sa voix sur un très large éventail de fréquences et intonations. Elle pouvait donc chanter avec plusieurs voix différentes. Elle ne pouvait pas chanter avec autant de charme sur des tons de baryton que d’alto, mais au-delà, elle était une cantatrice d’un talent indéniable. Sa voix continuait sans cesse de plaire. Encore insensiblement chez ceux qui la découvraient, elle étendait par sa voix une influence tendre autour d’elle. Son succès s’accroissait à un rythme suffisamment lent pour être discret, mais assez rapide pour effleurer chaque jour une part de la population un peu plus grande.

On ne la qualifiait pas encore de diva, mais les avis étaient bizarrement unanimes à son sujet. Pour chaque artiste qui jouait de l’originalité et de l’éclectisme, on trouvait généralement autant de partisans que de détracteurs, quel que fût son talent dans son art ; mais pour Cheryl, aucun détracteur ne se manifestait. Elle ne put trouver aucune critique qui fut moins appréciable qu’une simple neutralité. Une sorte de charme semblait avoir émergé, et cela inquiétait Elyne.

Elyne voyait comme un envoûtement irréel qui se répandait dans ce conformisme d’appréciations. Les chants de Cheryl pouvaient-ils vraiment plaire à tout le monde ?

Peut-être à cause d’un instinct ou d’une peur, Elyne sentait dans la situation quelque chose qui était illogique à ses yeux. Quelque chose d’illogique qui semblait pourtant agir en pleine lumière, devant plus de monde à chaque journée qui passait, et personne ne réagissait....


Cheryl chantait avec joie, avec énergie, et séduisait toujours plus. Et si Elyne ne pouvait pas encore le réaliser avec un simple enregistrement ; Cheryl se jouait de quelque chose qui avait paralysé les jumelles, quelque chose d’invisible qui avait fait leurs faiblesses. Elle l’utilisait à ses fins ; elle retournait ce qui avait été comme un maléfice pour sa personne en un formidable pouvoir...


Elyne regardait quelques photos floues, écoutait quelques morceaux, et n’avait qu’une impression diffuse, très discrète qui l’effleurait. Mais une sensation trop bien connue pour ne pas être remarquée...Ce n’était même pas un détail, sonore ou visuel, qui lui faisait sentir ça, c’était bien plus subtil qu’une perception directe. Mais Elyne retrouvait bien l’ombre froide qui pesait sur sa personne depuis aussi longtemps qu’elle puisse se souvenir, trahissant sa présence par peut-être une seule vibration dans la voix.

La même chose, la même essence invisible était proche, dans son dos à elle aussi, comme celui de cette Cheryl qui chantait...


Elyne crut se réveiller quand la chanson qu’elle avait écoutée fut terminée. Mais elle n’en avait pas retenue la mélodie. Là où les autres pouvaient entendre une mélodie qui leur plaisait, Elyne avait senti ce qui était caché derrière les sons, derrière la mélodie, au début de la création de l’œuvre. Et en plus d’admirer ce que Cheryl avait été capable de faire de cette chose incompréhensible qu’elle devinait derrière chaque son, Elyne comprenait pourquoi sa sœur lui vouait une certaine admiration. Cette chanteuse avait accomplie quelque chose de formidable, mais elles seules en devinaient la mesure réelle. Et seulement en face à face avec l’artiste, elles pourraient en percevoir l’étendue et la nature de l’exploit. Ce que Cheryl avait été capable d’accomplir avec une part d’elle-même que les jumelles et surtout Prume, avaient subies depuis trop longtemps. La chanteuse représentait bien plus qu’un espoir, et Elyne voulait désormais la rencontrer elle aussi...

Elle n’aurait jamais crue qu’un simple enregistrement puisse lui faire réaliser qu’un tel monde existait à proximité. Elles n’étaient pas les seules à avoir subies ces choses invisibles, mais elle, elle arrivait à les utiliser avec art...


Elyne soupira, souriait seule, avec un espoir inattendu et une nouvelle envie. Elle ramassa le reste des documents qu’elle avait sur la chanteuse. Les rares photos d'elle la montraient en train de chanter, mais avec des effets de flou plus ou moins volontaires. Elle n'était pas très photogénique. Elyne pouvait avoir sa sœur sous les yeux, ou presque n’importe qui d’autre avec une perruque.


Les chansons de Cheryl étaient écrite en langues anciennes diverses, anglais, arabe, allemand, chinois, italien, japonais, russe...Avec une prédominance de l’allemand, du russe et de l'anglais. Ses chansons aux textes dont elle ne donnait pas toujours la traduction étaient justement réputées pour leur variété. Elle ne mélangeait pas les genres, mais les variait et les chantait tout aussi bien. On ne savait pas si elle parlait vraiment chaque langue, et cela semblait peu probable, mais elle les chantait de façon impeccable.


Elle contraignait les membres du groupe de musiciens à jouer sous des genres et registres complètement différents d’une fois sur l’autre. De musique douces, romantiques, à d'autres beaucoup plus vives et énergiques, avec d'autres sur lesquelles on pouvait danser, valser, ou bien juste rêver.

Elyne n’avait aucune connaissance musicale et ne s’attarda pas plus sur les descriptions qui ne la touchaient pas vraiment. Elle était plus intéressée par la personne que par son art. Elle se demandait toujours si ce n’était pas sa sœur qui se cachait derrière ce nom.


Elle put lire que le dernier concert de Cheryl, qu’elle avait ratée, avait fait sortir des spectateurs en larmes. L’artiste avait bien été confirmée pour une plus grande représentation, dans le grand théâtre du secteur central. Plus qu’un concert ou un opéra, cela devenait par là un évènement d’envergure nationale. Il se préparait quelque chose de formidable, et Cheryl allait être accompagnée des meilleurs musiciens et autres artistes que la ville pouvait offrir. Elle aurait le droit de chanter avec un orchestre symphonique au complet.

Le théâtre d’Ibnrushdsina se préparait à accueillir peut-être le plus grand spectacle de l’année. La cantatrice Cheryl Rough, qui pourrait être sacrée diva lors de cette journée, exprimait même son étonnement. Si elle n’avait jamais accordée d’interview, elle répondait parfois à quelques questions. On présumait en tout cas qu’elle serait la plus jeune à arriver là...


Les chœurs de l'opéra de la ville allaient venir soutenir son œuvre, mais elle était la seule vedette de l’évènement qui se présageait triomphal. Elyne n’avait plus que quelques semaines pour s’y préparer.


~~~



C’était la nuit du deux mai, de l’an trente et un. Elyne était rentrée tard, avec l’envie de parler à Prume de la chanteuse Cheryl Rough. Ce n’était plus que quelques jours avant le grand concert de l’artiste. Elyne rentra chez elle mais trouva Prume déjà endormie dans son lit. Une fois débarrassée de ses affaires, Elyne vint s’asseoir à côté d’elle. La seule chambre de cet appartement modeste était dans la pénombre et un silence qui lui donnaient un aspect hors du temps et du monde.


Malgré le peu de lumière présente et son unique œil, Elyne distinguait bien ce qui l’entourait. Elle resta à côté de sa sœur, songeuse, jusqu’à somnoler. Pendant ce temps, peut-être en un seul instant, Prume rêvait de quelque chose...


Dans un monde sombre, où seulement elle-même apparaissait, elle se sentait flotter, impuissante mais aussi dénuée d’angoisses. Elle se sentait en fait plutôt bien, même si elle réalisait ne pas avoir toutes ses capacités dans cet état...Elle en avait encore assez pour réaliser ne pas être dans une situation conventionnelle, et s’interroger...Une silhouette encore vague se démarquait face à elle. Un coulis de peinture beige clair et de lumière...La chose semblait lui parler mais n’exprimait que des idées et des émotions, presque pas de mots.


Pru- Encore toi...

D- Nous y sommes presque...

Prume n’arrivait plus à réfléchir et n’avait plus les facultés nécessaires pour mentir. Elle s’entendait répondre avec franchise, sans beaucoup de contrôle.

Pru- Laisses moi...Et laisses ma sœur en paix. Je ne veux pas qu’elle souffre ta présence comme moi.

D- Elle...te pousse à vivre ?

Pru- C’est plus que cela...Je l’aime énormément, mais il y’à beaucoup plus que ça. Elyne est une partie de moi ; la plus grande part de moi-même...

Prume reprenait le contrôle de ses paroles durant la réponse, mais seulement pour mieux l’expliquer.

Pru- Il y a quelque chose qui nous unit qui est encore plus fort qu'un lien de jumelles ou un amour de sœur. Mais je ne saurais pas l'expliquer, je peux seulement l’imager. On est...liées, par quelque chose, comme...L’aorte...Sauf que ça ne se voit pas physiquement. Ça fait peut-être de nous des gens bizarres, mais on à pas choisit ça plus qu’autre chose. On l’a accepté, on apprend à le comprendre, et on...en est heureuses, finalement. Je n’échangerai pas ce lien contre le monde entier...


Prume imagina l’inverse. Échanger le monde entier contre ce lien...La pensée sinistre s’estompa et la silhouette changea de sujet pour l’oublier. Prume n’ayant que peu de mémoire instantanée dans son état ne le remarqua même pas.


Repensant à Elyne, l’envie remonta un peu. Elyne avait eu de la chance et Prume l'enviait. Elle, son corps était beau et très fort, au point de même lui faire un œil neuf ; alors que pour elle, son corps ne parvenait même pas grandir correctement, et ne cessait de la faire souffrir. Prume ne comprenait pas pourquoi et rêvait d’avoir son corps d’adulte. Prume avait une honte de son corps devenue obsessionnelle. Même si elle avait réussi à la dépasser, cette amertume était toujours présente.


Le néant s’effritait. Prume sentit quelque chose et commença brutalement à se réveiller. L’autre chose s’évapora avant de lui signaler qu’elle pouvait se réveiller...


Prume entrouvrit les yeux en reprenant connaissance. Elyne baillait devant quelques papiers un peu plus loin. Elyne se retourna en souriant quand elle entendit que Prume s’était réveillée.


Ely- Bonjour Prume...

Pru- Hum...Bonjour Elyne...Déjà le matin ?

Ely- Ouip. Bien dormie ?

Prume avait encore le visage embrumé et les cheveux ébouriffés. Elle avait un air encore endormie qui amusait Elyne. Prume souri à son tour, son visage s’éclairant. La couleur de ses yeux émergea des mèches en pagailles. Elyne voyait Cheryl devenir Prume.

Pru- Qu’y a-t-il ?

Ely- Eh eh...Tu me faisais penser à quelqu’un...dont tu as parlé dans ton rêve.

Pru- Oh. Euh...Qui ? Je crois que j’ai parlée de pas mal de monde...

Ely- Je n’ai pas compris grand-chose de ce que tu à dit, à part que tu m’aimais beaucoup, que tu admirais Éloïse, que tu appréciais beaucoup Maya, ou...qu’on était toutes les deux comme liées par l’aorte...

Prume rougit et détourna le regard avec une moue amusée. Elle avait envie de rire tout en étant assez honteuse.

Pru- Arrête, c’est gênant...J’ai vraiment dit tout ça ?

Ely- Oh, mais c’était trop mignon !

Elyne riait, Prume fit semblant de bouder. Le rêve s’effaçait, l’entité était déjà oubliée, mais pas tout ce qu’elle lui avait racontée...Un peu plus tard, les sœurs habillées se retrouvèrent devant leur petit déjeuner. Prume reprit la conversation là où sa curiosité l’effleurait encore.

Pru- Alors, tu parlais de qui au début finalement ?

Ely- Oh. Je pensais à Cheryl évidement.


~~~



Pru- Cheryl...

Prume toussait, elle avait mal à la gorge. Elle reposait ce qu’elle avait partiellement avalé. Elyne regarda un peu le soleil qui se levait à l’extérieur avant de reprendre avec un air distrait.

Ely- Je me suis un peu renseignée sur cette chanteuse que tu voulais voir.

Prume avait un sourire moqueur qui se dessinait derrière la boisson qu’elle buvait.

Pru- Ah oui ?

Ely- Pardonne-moi si ça aura été plus long que tu ne l’espérais...Mais j’ai compris pourquoi elle te plaisait tant. On pourra aller la voir la semaine prochaine.

Prume n’avais entendu que la première partie de la phrase et cru pleurer. Elyne remarqua qu’il lui arrivait quelque chose.

Ely- Prume ? Que se passe-t-il ?

Prume reposa ce qu’elle avait dans les mains pendant que des gouttes froides glissaient dans son cou. Elle s’essuya le visage.

Pru- Ah...C’est rien. J’ai cru que tu parlais d’autre chose pendant un instant...Tu as dit quoi après que je ne l’espérais ?

Ely- Tu voudras qu’on aille voir Cheryl ensemble ?

Pru- J’aimerai beaucoup.

Ely- Prume, ce n’est pas toi ?

Pru- Pardon ?

Ely- Cette Cheryl. Vous avez trop de points communs toutes les deux. Est-ce que c’est toi ?

Prume reposa ses bras sur la table et regarda distraitement les cicatrices qui dépassaient du vêtement. Elle releva le visage vers Elyne qui la regardait avec un doute assez inattendu. Prume soupira avec un sourire.

Pru- Je ne suis pas Cheryl Rough, mais je la connais, c’est une amie...Et c’est vrai qu’on à des points communs.

Ely- Oh...D’accord.

Elyne commençait à se détourner, avec un sentiment bizarre qui allait commencer à se former quand Prume repris.

Pru- Mais c’est bien moi qui chante sous son nom...

Elyne fut stoppée par la surprise. Prume affichait une satisfaction certaine d’avoir réussie à provoquer cet instant de surprise chez sa sœur. Elle en éprouvait même un certain plaisir moqueur.

Ely- Je...

Pru- Ça me ferrais un plaisir dur à décrire si tu venais au concert de la semaine prochaine...Tu n’imagines peut-être pas à quel point je suis contente que tu m’y invites...

Prume lui parlais sans la regarder, gênée d’avoir été découverte, et à la fois profondément ravie. Elyne ne savais plus quoi dire, partagée entre surprise, joie et admiration sincère. Prume le comprenait et ne la pressa pas, lui laissant le temps de formuler quelque chose pour exprimer ses idées. Elyne retourna s’asseoir face à sa sœur, dans un silence qu’elle trouvait plus brillant que le matin de l’extérieur.

Ely- Tu es vraiment plus forte que moi Prume.

Pru- Ah, je ne m’attendais pas à ça comme réponse ! Pourquoi tu penses ça ?

Elyne passa une main négligemment sur son front, faisant remonter quelques mèches parmi les autres. Avoir la base des cheveux descendant au milieu du front avait l’inconvénient d’en laisser souvent lui tomber sur le visage quand elle n’était pas bien coiffée.

Ely- Ce qu’on à, derrière nous, j’ai cru pendant un moment qu’il y’avait une autre personne qui avait connu la même chose. Je l’ai senti dans ta chanson...Je ne sais plus laquelle c’est que j’ai entendue.

Pru- Tu me reconnaissais ?

Ely- Non, ta voix était trop différente, mais j’ai quand même sentie l’effet de ce qu’on a vécue, derrière. Par contre tu as...Changée. Ce truc inexplicable que j’aurais tendance à qualifier de fardeau ou de maléfice, tu a réussi à l’utiliser finalement. Tu en a fait autre chose, qu’on ne peut plus appeler comme ça maintenant. Quoi que ce soit, tu as réussie à faire un pouvoir de ce qui était ta faiblesse. Cette Cheryl m’impressionnait déjà pour ça, et je voyais là la raison pour laquelle tu avais envie de la rencontrer...Mais tu as réussie ça par toi-même. Je suis vraiment impressionnée. C’est beaucoup plus qu’un œil que tu as réussie à faire...

Prume souriait paisiblement, Elyne avec beaucoup de sentiments dans le regard.

Pru- Tu as quand même l’ouïe fine pour avoir sentie tout ça.

Ely- Je suis sensible quand ça te concernes. Tu réalises la force que tu as ?

Pru- En fait, pas vraiment...Ce que je voulais avant tout c’était...

Ely- Oui ?

Prume regarda l’œil sombre de sa sœur et détourna le regard encore une fois par timidité.

Pru- Je ne peux pas te dire ça comme ça...Tu viendras m’écouter chanter hum ?

Ely- Je ne raterai cela pour rien au monde.

Pru- Alors je pense que tu sauras comprendre ce que je voulais, plus que devenir forte, à ce moment-là...


Elyne alla câliner un peu sa sœur avant de s’en aller travailler. Prume irait répéter un peu après. Elyne lui souhaita une bonne journée le cœur plus allégé que jamais.


~~~


Ely- Alors c’est qui cette Cheryl ?

Pru- C’est quelqu’un de formidable.

Ely- Ca m’intrigue. Est-ce qu’elle est...Comme nous ?

Pru- Non, c’est autre chose qu’elle maîtrise et explore. Elle c’est l’information, l’histoire, le passé. Elle est comme une bibliothèque cachée. C’est elle qui a trouvé toutes mes chansons, dans le passé perdu du monde. Nous n’en avons pas inventé une seule, juste réutilisé des centaines que personne ne connait plus.

Ely- C’est malin...Mais où les trouve-t-elle si elles sont perdues ?

Prume fit signe que cela était un secret.

Pru- C’est pour cela qu’elle est formidable.


~~~


Le jour du dix mai arriva. C’était la matinée fatidique et Prume se préparait différemment. Elle se coiffait de façon à cacher ses yeux. Elyne la regardait faire.


Ely- Pourquoi tu caches tes yeux ? La couleur est plutôt belle.

Pru- Ce n’est pas ce que je veux offrir...En vérité, c’est que je suis moins intimidée quand je ne vois pas la foule. Cheryl m’a aidée à comprendre qu’être aveugle a aussi des avantages. On se comporte différemment, et dans mon cas, je suis bien plus à l’aise pour chanter.

Ely- Tu restes timide en fait.

Pru- Eh, je ne peux pas tout changer. Enfin, Néphéline ne devrait pas tarder à arriver. Elle à nos places.

Ely- Néphéline...

Pru- Hum hum...Tu ne sais pas pourquoi elle ne t'aime pas vraiment ?

Ely- Non. Je n'ai pas cherché à comprendre, je lui en laisse le droit.

Pru- En fait c’est assez simple. C’est parce que tu m'aime.

Ely- Comment ça ?

Pru- Elle est un peu jalouse de l'amour que je reçois de toi. C’est différent, mais pour elle il y’a une sorte de concurrence déloyale si tu es là.

Ely- Parce que je t'aime donc... Je ne pense pas que j’aurais envisagée une raison aussi...triviale.

Pru- Néphéline lutte avec les quelques aspects puérils qui la gouvernent encore. Ne lui en veut pas, il lui faut encore du temps.

Ely- Je sais qu’elle t'adore ; mais elle est... dangereuse ? Je me rends bien compte que sa conscience est différente de nous.

Pru- Une autre conscience, des notions du monde différentes...Oui, elle est particulière, mais je ne crois pas qu’elle soit dangereuse...Tu sais, les gens différents sont plus en danger que dangereux vis-à-vis des autres.

Ely- Je sais, mais je n’ai pas de ressentiment envers elle ; elle ne m’inquiète pas. En plus, tu lui fais confiance, est-ce que j’aurais besoin d’un autre argument pour faire de même ?

Prume se retourna en souriant. On ne voyait plus que des cheveux légèrement décorés sur la partie supérieure de son visage. Sa lèvre inférieure maquillée diminuait l’impression d’hypertrophie.

Ely- Voilà donc Cheryl Rough en tant que chanteuse.


Quand Néphéline arriva, Prume s’était assoupie, et il semblait impossible de la réveiller. Quand Elyne lui ouvrit la porte, la fille rousse mal coiffée se figea sur un air dégouté et se prostra dans un mutisme. Elyne lui parla un peu, s’excusa même, et lui demanda son aide pour réveiller Prume.

Néphéline ne répondit pas, mais alla l’aider. Elles secouèrent Prume, l’appelèrent, mais elle ne se réveillait pas.


Néphéline prit la main droite de Prume et essaya de la réveiller en lui parlant, puis en chantonnant doucement à l'oreille de l'endormie. Une chanson de Cheryl probablement. Elyne la laissa faire. Prume réagissait peu et le temps avançait, elles n'avaient bientôt plus de temps pour rejoindre le théâtre. Prume semblait être retombée sans prévenir dans un coma somnolent...


Prume avait l’impression d’entendre la pluie tomber. Les gouttes auraient été chargées de cendres sombres. Pourquoi s’était-elle assoupie si soudainement ? Elle crut apercevoir sa sœur au travers de la pluie, mais quand son regard s’affirma dans la direction, il ne restait rien. Où était-elle ?


Une lueur violacée émergea au loin, et avec elle, une terreur. Avec la terreur, la tristesse. Prume sentait une marée, une vague géante qui allait déferler sur elle, et peut-être déborder sur le monde après...Prume reconnaissait cette chose, ces émotions qu’elle provoquait, mais cette fois, elle la rencontrait à un niveau de conscience beaucoup plus proche du rêve normal, ou même de l’éveil...Quelque chose avait bougé, quelque chose s’était déchiré, et ce regard violet s’était soudainement approché de la réalité.


Prume se tenait debout, face à un champ de couleur grise, ni d’herbe ni de terre, peut-être de sable. Le décor imaginé importait peu, elle retrouvait cette chose qui la suivait depuis si longtemps.


Pru- Elyne...Si tu m’entends encore, amène moi, je n’en aurais pas pour longtemps ici...

Prume avait parlée à quelque chose hors de toute perception, sa sœur dans la réalité ; elle n’avait pas prêtée attention à ce qu’elle croyait percevoir... Prume était parfaitement consciente, juste pas encore réveillée...Cette phrase qu’elle avait prononcée, exprimant clairement le désintérêt qu’elle éprouvait face à la situation dans laquelle elle était, eut un effet inattendu sur celle-ci. La pluie ralentissait, le soliton indescriptible cessa de s’approcher. La conscience violette avait perçue que Prume avait changée. Elle s’adapta. Prume se sentit alourdie, mais tint bon, sans être certaine de savoir ce qu’elle était en train de subir en réalité.

D- Tu es prête...

Pru- C’est vrai que tu sais parler...Je n’arrive pas à m’y faire...

D- Je t’empreinte la connaissance de ta langue pour communiquer...C’est ton cerveau qui formule mon langage...

Prume n’eut pas de réaction face à cette réponse étonnante.

Pru- C’est la première fois que je peux vraiment te parler...Avec toute ma conscience. Je me demande ce que tu es, ou ce que tu veux...Mais là je veux sortir de là, je veux me réveiller...Quelque chose de capital pour moi va commencer. Alors libères moi.

Le regard violet remua. Cette chose était si différente de Prume à cet instant, qu’elle n’aurait pas dut être capable de la comprendre. Mais l’idée que quelque chose d’une importance majeure pour son être se préparait dans la réalité concrète, ça, elle pouvait l’appréhender...La chose au regard violet vivait la même chose, au travers des jumelles Gains.

D- Ce qui t’arrive maintenant n’est pas entièrement de mon fait Prume...Comme le changement qui vient de m’affecter n’est pas entièrement dut à ton arrivée à maturité. Je peux plus facilement te parler désormais grâce à quelque chose qui se produit dans ta ville en ce moment.

Pru- Il se passe quelque chose en ville ? Enfin...Peux-tu m’aider à sortir de là ? Je discuterai tant que tu voudras, mais à partir de demain.

D- Je ne suis pas en mesure de t’aider Prume...Mais vu comme les choses avancent, soit assurée que bientôt, tout sera résolu dans ta vie...


Le regard violet sentait les choses évoluer favorablement, et très bientôt, Prume n’aurait plus aucun fantôme pour venir la hanter...Ce n’était plus qu’une question d’heures. Pour la première fois en une durée vague, l’être aux yeux violets voyait une échéance proche se manifester.


~~~



Prume reprit lentement conscience sur le dos de sa sœur. Elle s’y sentait trop bien pour signaler tout de suite qu’elle s’était réveillée. Elles arrivèrent à un balcon qui donnait sur la grande salle du théâtre. Une petite alcôve qui leur était réservée. Prume entendit que la foule était déjà là et se contracta. Elyne l’installa sur l’un des fauteuils avec l’aide de Néphéline. Prume était encore un peu embrumée et ne se releva pas immédiatement.


En contrebas, un micro s’alluma, et la voix d’un homme imposant et âgé se fit entendre.


- Nous vous prions de nous excuser pour ce retard. L'artiste Cheryl Rough à malheureusement rencontrée quelques désagréments et entrera sur scène dès que possible... Nous allons donc faire l'introduction de l'œuvre qui vous sera présentée, avec la participation de l'orchestre symphonique et...

Pendant que le directeur, ou qui qu’il fût, continuait un discours d’introduction et quelques excuses, Néphéline et Elyne s’asseyaient à côté de Prume.

Ely- Prume, est-ce que tu m’entends ?

Pru- Hum...

Prume remua, se redressa en tremblant.

Nép- Prume, est-ce qu’il s’est passé quelque chose ?

Pru- Rien d’important...

Une chorégraphie commença sur scène, tandis que la musique s'installait dans les oreilles de chacun. La musique était d'ordre classique, les chœurs de l'opéra la soutenaient. Une scène s’écoula en l'absence de Cheryl. Les spectateurs s'impatientaient. Quand la musique suivante commença, Prume se relevait, et rajustait ses vêtements.

Ely- Prume ?

Elle regarda sa sœur avec douceur au travers de son rideau de cheveux mal ajusté et lui sourit.

Pru- Je dois y aller.

Elles quittèrent le balcon et se dirigèrent vers un accès réservé au personnel. Prume laissa sa sœur devant et s’en alla. Elyne sentit son cœur se serrer. Quelque chose qu’elle ne comprenait pas bien semblait vibrer en elle depuis que Prume s’était assoupie durant la matinée. À cet instant, la vibration avait un écho qui lui pressait quelques organes du thorax...

Ely- Prume...


Elyne retourna à sa place à côté de Néphéline qui semblait un peu absente, comme si elle ne réalisait pas la situation. La fille introvertie ressentait les choses trop différemment pour sembler même les ressentir normalement. Elyne tremblotait sans parvenir à se maitriser. Elle allait pouvoir admirer sa sœur, mais cela provoquait beaucoup plus que de l’admiration. Elle contrôlait mal sa nervosité devant cet évènement.


La troisième musique terminée ; Cheryl apparut enfin, et fut applaudie. Elle était déguisée, la coiffure pour cacher ses yeux avait été réajustée. Une robe originale l’enveloppait, et recouvrait certainement les vêtements qu’elle portait depuis le matin. On ne risquait pas de voir ses cicatrices.

Elyne la reconnaissait enfin. Prume ne souffrait de rien, ni de maladie, ni de doute...Elle salua son public et fit un signe enjoué à Elyne.


Elle commença ensuite enfin à chanter. La musique l’accompagna crescendo, lentement. Prume chantait bien. Elle chantait magnifiquement bien. Avec une tonalité qu’Elyne et Néphéline savaient différente de la voix habituelle de Prume, celle-ci chantait avec maestria. Elle avait déjà un talent et une technique suffisamment experts pour plaire ; mais Elyne pouvait sentir la part du chant que les autres étaient incapables de percevoir...

Le public était ravi sans réaliser qu’il y’avait plus que des sons qui les atteignait. Comme pour l’aura de Néphéline qui provoquait un malaise inconditionnel chez les gens qui en étaient proche, Prume provoquait quelque chose de semblable. Quelque chose que les gens ressentaient agréablement, et croyaient inconsciemment être provoqué par le chant...


Elyne était ébahie, elle percevait et admirait la maitrise que Prume avait prise sur cette part incompréhensible et invisible qui la suivait. Elle en avait pris le contrôle, elle en avait fait son outil, son pouvoir ; et chantait quelque chose qui déformait la nature originale de cette aura froide. Elle en faisait des sons, des sons qui plaisaient. Pour sa sœur, elle était parvenue à changer un monde entier...Tous ces sons colorés rendaient enfin le monde merveilleux aux yeux d’Elyne ; enfin quelque chose brillait...

Dans les sonorités que Prume émettait, il y’avait cette part invisible qui s’étendait comme une toile sur le public. Personne ne la remarquait, mais ils en subissaient l’effet, ils ressentaient ainsi un certain plaisir à l’écouter chanter...Elyne se demandait si ce n’était pas une forme d’hypnose qu’elle effectuait là en même temps qu’elle chantait. Une aura peut-être inconsciente comme Néphéline, mais autrement plus vaste...Le pouvoir qui forçait Prume à s’effondrer à l’intérieur d’elle-même avait été retourné, comme inversé, et elle étendait une influence autour d’elle, une influence agréable qui sublimait ses chants.


Les chansons s'enchaînèrent comme autant de gouttes de bonheur pour tous ceux qui en profitaient. Des chansons joyeuses, des chansons tristes, des chansons entraînantes... Il y’avait un contentement qui s’étendait dans une mesure étrange. Le public avait si vite été subjugué que cela aurait dû étonner, peut-être même inquiéter ; mais le bonheur d’écouter Cheryl chantait prévalait rapidement sur beaucoup de considérations matérialistes, ou simplement réalistes...


Parfois, Cheryl s'éclipsait quelques instants, laissant la place à d’autres artistes le temps de souffler. Si l’unanimité était enthousiaste, la majorité n’était bien là que pour la voix de Cheryl, et ils étaient emportés au-delà de ce qu’ils avaient pu espérer. Prume vola les cœurs de tous ses spectateurs, absorbés par sa magnifique voix, si harmonieusement mise en valeur par des musiques parfaitement appropriées. L’élément supplémentaire qui les atteignait directement au cerveau, peut-être bien sans passer par les oreilles ; ils ne le percevaient justement pas. L’enchantement était absolu.

De tous âges, les spectateurs étaient fascinés, emportés par ces chants mélodieux, captivants. Cheryl était resplendissante, envoûtante, magique. Contrairement à la plupart de ses camarades, elle ne dansait pas, mais elle chantait avec beaucoup d'énergie. Les paroles, les sons avaient une certaine puissance difficile à envisager dans un petit corps comme celui-là.


Elyne remarqua que la majeure partie du public était comme hypnotisé, complètement absorbé par les myriades de sons qui s'assemblaient harmonieusement. Le spectacle sublime était encore plus merveilleux que les organisateurs ne l'auraient jamais prévu. Cheryl continuait de chanter, avec de trop courtes pauses pour que le public ne puisse relâcher son attention.

Plus de deux heures d'extases passèrent ; faisant pleurer d'émotion les plus sensibles et ravissant certainement chacun en tout cas. C'était un concert fabuleux comme le murmuraient certaines personnes présentes. Cheryl chantait à pleine voix, encore et encore, avec un enthousiasme manifeste et grandissant. Enchaînant sans pause bientôt une dizaine de chansons, puis une autre ; elle s’emportait. Les sœurs jubilaient, Elyne le manifestait en serrant compulsivement ses doigts sur ses bras, Prume en chantant avec toujours plus de vigueur.


L'orchestre tenait bon, il n'avait pas le droit de faiblir. Les musiciens fatiguaient avant la chanteuse, soumis à une pression qui durait trop longtemps ; mais ils tinrent bon. Les danseurs n’eurent bientôt plus rien à offrir, quand l’ensemble des chorégraphies prévues fut terminée.


Les chants se poursuivaient encore, entraînant les auditeurs dans des mondes merveilleux aux histoires fascinantes. Mais plus en profondeur, la chanteuse atteignait autre chose, elle ébranlait une réalité désormais, quelque chose s’effritait. Son chant continuant, elle tendait la main et parvenait à effleurer l’imaginaire de certains spectateurs, à leurs suggérer des émotions qui n’étaient pas traduites verbalement dans les chants. Volontairement ou pas, Prume commençait à atteindre une part plus grande des cerveaux des spectateurs, et leur suggérer plus que le plaisir de l’écouter chanter...L'imagination de chacun se transposait sur la voix de Prume ; l'accompagnant dans des rêveries belles et diverses, mais impersonnelles. Quelque chose d’invisible remuait dans la salle, et les plus sensibles se sentirent mal quand la part de suggestion augmentait...

Prume commençait à trembloter, mais continuait de chanter avec un bonheur indescriptible et un certain plaisir, même si elle sentait son corps s’épuiser. Elle ne réalisait plus bien ce qu’elle provoquait, ni où étaient ses limites ; et elle se laissait emporter dans son élan lyricomane.


Elyne était émerveillée et débordante d’une admiration intense. Elle murmura quelques mots pour elle-même que Néphéline à côté d’elle n’entendit probablement pas.


Ely- Je t'avais bien dit que tu étais plus forte que moi... Tu n'a pas besoin de mon corps pour être la plus grande...


Prume avait accomplie un exploit qu’Elyne n’avait pas été capable d’envisager. Elle avait réussie quelque chose qu’Elyne n’aurait probablement jamais tentée. Tout cela, cette année passée à chanter, ce formidable spectacle entier, ce charme envahissant ; tout cela n’avait été fait que dans un seul objectif, qui n’était pas d’être devenue forte d’une puissance indescriptible...Prume avait fait tout cela dans un seul but, qu’Elyne commençait seulement à percevoir avec émotion...Le cœur fondamental de cette œuvre que Prume accomplissait, Elyne le découvrait et commençait à pleurer.


~~~


評価をするにはログインしてください。
ブックマークに追加
ブックマーク機能を使うにはログインしてください。
― 新着の感想 ―
このエピソードに感想はまだ書かれていません。
感想一覧
+注意+

特に記載なき場合、掲載されている作品はすべてフィクションであり実在の人物・団体等とは一切関係ありません。
特に記載なき場合、掲載されている作品の著作権は作者にあります(一部作品除く)。
作者以外の方による作品の引用を超える無断転載は禁止しており、行った場合、著作権法の違反となります。

この作品はリンクフリーです。ご自由にリンク(紹介)してください。
この作品はスマートフォン対応です。スマートフォンかパソコンかを自動で判別し、適切なページを表示します。

↑ページトップへ